Note : Vous entendrez ce texte comme il vous plaira. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de lire un rapport à l’actualité. MC
Grandira la plaie d’amour qui nous fait faux bond.
On ira la célébrer sur les boulevards, avec des bannières à son effigie. Il n’y aura rien à soigner sous les acclamations des badauds aux fenêtres. Ils seront nombreux. Nous irons ensuite dans le bois de Vincennes ou un autre bois, pour jeter quelques morceaux de la plaie, un peu durs, aux canards. On pourra s’asseoir sur la pelouse fraîchement coupée et disserter sur le sens des événements récents qui ont bouleversé le pays, la Vieille Europe tout entière. On croisera amoureusement le regard d’anciens ennemis, désormais que nous serons tous unis par les liens de la sororité et de la fraternité.
Promettrons-nous à des inconnus de leur coudre des écharpes pour l’hiver ?
Enfilerons-nous des enveloppes affranchies pour nos réincarnations ?
Dans la foule désœuvrée qui célébrera l’arrivée de la grande plaie heureuse et irriguée, quelqu’un aura un doute.
On ne l’entendra pas murmurer.
Arthur Teboul. Recueil « le déversoir » Ed. Seghers