Nulle part à leur place

À l’occasion des commémorations des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, nous avons voulu consacrer ce numéro spécial à la résurgence de l’antisémitisme en France. On évalue à 15,7 millions le nombre de Juifs dans le monde, soit moins de 0,2 % de la population mondiale. Pour l’antisémite, ce sera toujours trop.

On aurait donc pu élargir au-delà de l’Hexagone l’examen de ce phénomène planétaire, mais il aurait fallu pour cela y dédier au moins une encyclopédie en 20 volumes. La France, donc, car c’est là que nous vivons et c’est là que nous avons constaté depuis plusieurs mois des faits et entendu des déclarations qui témoignent de la nouvelle virulence de l’antisémitisme.

On dit « résurgence », mais, en réalité, la haine du Juif n’a jamais disparu de la société française. Qu’il soit d’origine chrétienne, d’extrême droite ou qu’il mijote à l’extrême gauche, l’antisémitisme a toujours eu son rond de serviette dans les réunions de famille, les bistrots, les partis politiques, les cercles de l’économie ou de la culture.

L’imagination de l’antisémite trouve toujours une bonne raison de reprocher quelque chose au Juif. Cupidité, fourberie, lâcheté, affairisme…, les innombrables défauts qu’on lui impute ont un point commun : tout le monde les possède. Et pour se délester de la culpabilité de les avoir aussi, le commun des mortels a assigné au Juif la mission d’en porter la responsabilité exclusive.

On n’en a pas fini avec l’antisémitisme

Mais le Juif n’est pas seulement accusé de concentrer les tares de la collectivité, qu’elle n’assume pas. Les variations infinies de l’antisémitisme expriment toutes un reproche constant : l’illégitimité du Juif. Quoique fasse le Juif, de bien ou de mal, quoique pense le Juif, de brillant ou de médiocre, quoiqu’entreprenne le Juif, de pertinent ou d’inapproprié, invariablement, il est illégitime. Le Juif n’est jamais légitime en rien. Sa position sociale, ses revendications politiques, son travail intellectuel, sa créativité artistique sont systématiquement remis en cause par l’antisémite. À tel point qu’on se demande si le Juif a tout simplement le droit… d’exister. En affirmant que le Juif n’est nulle part à sa place sur cette terre, l’antisémite remet carrément en question son droit à vivre. L’Histoire a beau avoir montré à quels abîmes atroces de tels raisonnements avaient conduit, il se trouve encore, en 2026, des gens de toutes conditions sociales qui doutent du bien-fondé de l’existence du Juif.

On ne peut évoquer l’antisémitisme aujourd’hui en France sans rappeler les attaques terroristes du 7 octobre 2023, qui tuèrent en quelques heures 1 200 Israéliens. Ainsi que les représailles menées par Israël contre l’organisation terroriste Hamas responsable de ce pogrom, mais aussi contre les 5,4 millions de Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie.

Confrontés à ce conflit lointain dont l’issue n’a jamais été aussi incertaine, on se demande parfois ce que tout cela a à voir avec la France. Les organisations internationales et les grandes puissances ont échoué à le résoudre. Bien sûr, chacun a un point de vue sur cette tragédie, qu’il est bien normal d’exprimer. Mais les analyses qu’on peut faire sur ce qui se passe à plus de 3 000 km d’ici donnent-elles le droit de pointer du doigt telle ou telle catégorie de personnes, ici, en France ?

C’est là qu’intervient le génie malfaisant de l’antisémite. La nuance l’indiffère, et trouver une solution à ce conflit lui importe peu. Bien au contraire, cette tragédie sans fin est une source inépuisable pour alimenter son rejet du Juif. La revendication des Juifs d’avoir un pays à eux, comme tous les peuples du monde, constitue aux yeux de l’antisémite la provocation ultime. Et, en plus, ils veulent un pays ! On n’en a pas fini avec l’anti-sémitisme, avec sa capacité à se réinventer et à tirer profit de toutes les circonstances pour perdurer. Parce que la haine est toujours plus facile à entretenir que la concorde à atteindre.


Éditorial de Riss. Charlie Hebdo.07/01/2026 

L’avis de R.B.

Je ne connais que les Citoyennes et Citoyens d’une commune, d’un départemental, d’une région, d’un pays.
Je consens à admettre que l’on peut être de confession associée à une religion ou pas de religion du tout.
Mais dans le domaine publique aucune discrimination ne doit se faire.


L’avis de B.H.

Il faut tout de même arrêter de traiter d’antisémitisme celui qui conteste le sionisme.
La confusion entre la religion et la nationalité entraîne des dérives inacceptables.
Il existe une religion juive, mais il n’existe ni race, ni nationalité juive.


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