… le grand risque est qu’il fasse des émules en France.
Risque possible à l’issue des prochaines élections…
… Lui « le champion » dans la cannibalisation des médiats, a son profit d’abord et en direction d’une tranche électorale réac US, adepte de la « manière forte » constituant son électorat et afin de cadenasser la prochaine élection de 2028.
Christophe Deroubaix interview Romuald Sciora.
Directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’Iris
- Un an après son investiture, Donald Trump vous semble-t-il fragilisé ou dispose-t-il toujours des leviers pour mettre en œuvre son projet ?
Donald Trump n’a jamais été aussi puissant. Aucun président n’a disposé d’autant de pouvoir et d’influence dans l’histoire récente des États-Unis. Certes, une majorité de l’opinion lui est défavorable – son taux d’approbation oscille autour de 41 % –, mais elle l’est encore davantage aux démocrates. Et c’est précisément là que réside le génie pervers de cette administration : elle a parfaitement compris qu’il ne s’agit pas d’être aimé, mais d’être incontournable et craint.
L’objectif au niveau intérieur était double : mettre en place un régime sur le modèle de la Hongrie de Viktor Orbán et mener une contre-révolution culturelle anti-woke. Sur ces deux fronts, mission accomplie. De nombreux contre-pouvoirs de la démocratie américaine ont déjà cédé. Des prérogatives du Congrès ont été rognées au profit de la Maison-Blanche.
Le judiciaire est aux mains du locataire de Pennsylvania Avenue. La plupart des universités se sont couchées devant le pouvoir après avoir été menacées de perdre des centaines de millions de dollars de subventions fédérales. La Cour suprême suit Donald Trump le plus souvent, malgré quelques rappels à l’ordre ponctuels. Les médias grand public, terrorisés, pratiquent l’autocensure.
Nous nous sommes habitués à voir le président tenter de déployer illégalement la garde nationale dans de grandes villes du pays. L’ICE, la police de l’immigration, opère des raids d’une violence inouïe, qui rappellent les heures les plus sombres de l’histoire américaine, avec un bilan de près de 500 000 expulsions en 2025.
Donc oui, Donald Trump reste tout-puissant. Et c’est précisément cela qui fait craindre à la plupart des observateurs lucides que les élections de mi-mandat prévues pour novembre 2026 ne se déroulent pas comme d’habitude. Elles pourraient avoir un parfum plus poutinien que jeffersonien : manipulations, intimidations, déploiements de la garde nationale « pour sécuriser le processus électoral », contestation systématique des résultats défavorables.
- A l’occasion de l’AmericaFest, des tensions entre les proches de Trump, sont apparues,
sont-elles le signe d’un effondrement prochain du mouvement Maga ?
Les querelles byzantines de l’AmericaFest ne préfigurent en rien un effondrement. Elles reflètent plutôt une double lutte de succession : qui prendra la place de Charlie Kirk à la tête du mouvement et qui émergera comme porte-parole du trumpisme pour 2028, alors que J. D. Vance se positionne déjà comme héritier présomptif.
L’affaire Epstein a également créé quelques remous, mais, tout comme les tensions à Phoenix, elles glisseront sur Trump. À moins de révélations véritablement dévastatrices – et encore –, rien ne semble capable d’entamer durablement sa mainmise sur le Parti républicain et sur une partie substantielle de l’électorat américain.
Cessons de nous fixer sur l’instant. Ces frictions sont mineures, gérables, et ne changent rien à la dynamique de fond : la consolidation d’un pouvoir autoritaire qui transforme en profondeur les institutions américaines.
Une interview réalisée par Christophe Deroubaix. L’Humanité. Source (Extraits)