Ce n’est pas la première fois que nous programmons un séjour dans les Pyrénées-Orientales. Ce jour-là, nous venons passer une journée à Collioure et parcourir ensuite la côte jusqu’après la frontière et terminer par un saut en Espagne et retour par la Jonquera avant de rejoindre l’hôtel, notre résidence pour une semaine.
Je conduisais en descendant vers le centre-ville, le port, les plages, la forteresse et l’église dont le clocher servi un temps jadis, de phare. C’est en regardant les bâtiments défiler que j’ai remarqué, à gauche entre deux villas, une entrée marquée « terrain de sport ».
Outre visiter ce magnifique village, nous avions programmé quelques « arrêts jugés incontournables ».
Le premier était d’acheter des anchois — au sel ou à l’huile — et de la soupe de poissons chez Roque, un des derniers transformateurs de ce petit poisson bleu de la côte méditerranéenne.
Le second était pour un restaurant dans lequel, l’année précédente, outre un accueil chaleureux, ma femme avait déguster des huîtres alors que mon choix s’était porté sur des pâtes à l’encre et aux seiches. Malheureusement, cet établissement est seulement ouvert entre Noël et le jour de l’An.
Une promenade sur la jetée située aux pieds du Fort Château Royal, trouver la plage – autrefois un port pour les barques de pêche et leurs lamparos à l’arrière destinés à attirer les anchois -, la place avec de nombreuses boutiques et restaurants, se perdre dans les ruelles derrière l’église, hésitant à aller à la Chapelle St. Vincent, au milieu de cet éperon rocheux prolongé par une jetée protégeant l’entrée de l’anse de Collioure. Ma femme, ayant des difficultés d’équilibre, n’osa pas s’approcher de ce passage accidenté doté de nombreuses marches.
Je me suis rendu à la chapelle, puis à la balise marquant l’entrée du port.
C’est sur cette jetée que des souvenirs me sont revenus. Pêle-mêle, l’image de l’entrée du terrain de sport, mes 14 ans dans les années 64-65, le camping peu développé dans ses années là, la tente plantée sur le terrain de sport où je dormais seul le soir et les toilettes du stade pour sanitaires.
À cette époque, je n’ai pu venir seul dans ce village, mais la seule et unique image qui me vient de ce séjour est celle des copains artistes Claude, Jean-Louis et mon père en train de dessiner des bateaux échoués sur le sable. Mais où étaient mes parents et mon frère de cinq ans mon cadet, mystère aucun souvenir.
Je n’ai retrouvé ni peinture, ni dessins de mon père de cette période, pas plus de photographie.
Mes souvenirs de Collioure se résument à la traversée à la nage de cette anse (l’inconscience de cet âge), à la tente dominant le village, aux copains occasionnels retrouvés sur la plage située entre l’église et la jetée, aux senteurs d’iode et d’anchois près du port.
J’étais seul sur cette jetée, entouré de souvenirs flous qui oscillent entre douceur et difficulté, des échos d’une enfance pré-ado parfois désireuse d’amour et de réconfort. Peut-être que ces souvenirs, réveillés par une inscription sur le seuil du terrain de sport, révèlent à quel point mes récents passages dans cette ville étaient essentiels, car ils me permettent de rechercher des clés sur des moments précieux de ma vie. Dans mon cœur, je peux compter sur les doigts de la main les rares instants où ma fratrie était réunie, que ce soit pendant les longues journées de l’année ou lors des congés d’un père, professeur de dessin dans les collèges, par trop absent.
J’ai retrouvé la sérénité en rejoignant ma femme et lui faisant part de cette découverte bien trop longtemps oubliée.
Restait à choisir un lieu pour déjeuner avant de poursuivre la virée sur la côte.
Les restaurants ne manquent pas dans cette ville, mais pour dénicher celui qui ne sert pas uniquement des « propositions touristiques » dignes d’un film d’horreur culinaire — avec une ardoise qui ressemble à un inventaire de plats surgelés — c’est un vrai parcours du combattant. Finalement, un tout petit restaurant niché dans une ruelle s’est révélé être notre oasis, avec un menu simple et des chaises plus accueillantes que certains membres de la famille. Malheureusement, il nous restait encore la mission de tester les spécialités catalanes, mais au moins, on avait évité le plat mystère sorti du congélateur !
Michel


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