Titre : squatteur médiatique

« La retraite, j’y songe depuis plusieurs années » (RTL, 3 janv. 2022) lâcha bien imprudemment Alain Duhamel un beau jour de janvier 2022.
Trois ans plus tard, toujours présent.

Pape de l’éditocratie

Alain Duhamel est d’abord le modèle ultime de l’éditocrate accompli : omniprésent, omniscient… et toujours impeccablement neutre. C’est un fait, le roi du commentariat n’a jamais été avare de son temps (de parole) ni de sa plume (féroce). S’il débute dans la presse écrite au journal Le Monde, il se diversifie rapidement en intervenant sur la première chaîne de l’ORTF puis sur Antenne 2.
Se démultipliant de façon étourdissante au fil du temps, on peut le voir, l’entendre ou le lire à peu près partout au gré des saisons, de RTL à France Télévisions, de Libération à Nice Matin, de L’Express à Témoignage Chrétien en passant par Le Point, BFM-TV ou encore Europe 1.
La presse régionale n’est pas en reste puisqu’il gratifie aussi les lecteurs du Courrier de l’Ouest, des Dernières Nouvelles d’Alsace, de Presse-Océan, de L’Éclair, du Maine libre mais aussi de Vendée-Matin (liste non exhaustive) de ses analyses fulgurantes.

Comment expliquer cette omniprésence ?

Le centrisme acharné d’Alain Duhamel n’est sans doute pas sans rapport avec sa surface médiatique. Sa pensée parfaitement équilibrée, d’une neutralité et d’une tiédeur à toute épreuve, est certainement la meilleure explication de sa longévité dans les médias dominants.
Rare imprudence, notre observateur avisé commit l’irréparable un jour de 2007, lors d’un débat à Sciences Po avec Marielle de Sarnez (alors leader du Modem, parti centriste), incapable qu’il fut de taire son intention de voter pour François Bayrou – il sera suspendu d’antenne par France 2 et RTL qui ne lui en tiendront pas rigueur puisqu’il reprendra du service seulement quelques mois plus tard.

Journalisme de révérence

Ne brillant certes pas par sa pugnacité ou son impertinence, il est passé à la postérité comme « l’intervieweur de présidents ». Si les chefs d’État successifs l’ont adoubé, c’est vraisemblablement qu’ils ne craignaient pas d’être malmenés par notre éditorialiste vedette – qu’ils décorèrent d’ailleurs de la Légion d’honneur en 2005.

Quand on lorgne de telles médailles, mieux vaut en effet être du côté du manche, laisser parler ses intérêts de classe et se mettre ainsi au service des puissants.

Voici par exemple ce qu’il disait sur les retraites : « L’opinion publique a évolué, on a pris conscience du fait que malheureusement, il était inéluctable d’allonger la durée de cotisations. » (RTL, 6 nov. 2007), martelant sur les mêmes ondes que « la réforme des retraites, c’est la plus urgente, la plus nécessaire » (RTL, 23 mars 2010).
Comme le soulignait le regretté Michel Naudy, « vous ne restez jamais à l’antenne impunément, jamais ». Imaginez-donc 60 ans durant… Alain Duhamel peut également compter sur un club de collègues admiratifs qui voient en lui « le prince des chroniqueurs politiques » ; Sonia Devillers n’hésite pas à mordre dès l’entame de l’entretien qu’elle mène le 2 juillet dernier sur France Inter : « Vous qui êtes un grand éditorialiste… ». Même ses activités extra-médiatiques sont saluées à l’antenne : « Je peux le dire, je vous ai vu jouer au tennis et je vous ai trouvé remarquable » (Apolline de Malherbe, RMC, 3 sept. 2024).


Synthèse d’un article signé Thibault Roques. Source Acrimed – Lire l’original en suivant le LIEN.


Il y a hélas plein de « sachant-universaliste-pseudo-édito-journaleux » dans les différents JT ou d’infos en continu, relayant la ligne éditorialiste définies par les administrateurs, sont dans l’obligation de proposer un prêt à penser tout en esquivant le « fond » des problèmes.
Raison qui fait que l’écoute et lecture du pluralisme informationnel est important pour se constituer un avis personnel des événements distillés chaque jour. MC


Une réflexion sur “Titre : squatteur médiatique

  1. raannemari 12/11/2025 / 13h24

    Des « journalistes  » qui ont sans doute fait l’école de cuisine, vu leur extrême facilité à passer les plats de la doxa de leurs maîtres, tout en se congratulant entre eux. Pompeux chiens de garde nous pompant notre air !

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