Les tapis n’ont jamais volé au-dessus de nos maisons, mais chaque fois que nous les avons battus nous avons soulevé la poussière du temps.
Les lampes n’ont pas fait apparaître de génie, mais les objets magiques ne nous ont jamais manqué.
À la radio, on entend encore les voix des chanteuses mortes et dans les miroirs, le monde à l’envers nous a révélé toute sa profondeur.
Les photographies nous ont montré des ancêtres aux visages d’enfants, des astres à la peau d’orange et nos squelettes en transparence.
Pour les promesses et l’élixir, nous avons la parole et la pharmacopée, pour les rêves un fauteuil à oreilles et un divan aussi profond sue le sommeil.
Pour remonter le temps, nous n’avons besoin de rien ni de personne : la corde est usée autant que la croyance, mais l’énergie du désespoir suffit à tendre le ressort.
À l’échelle d’une vie humaine, ce qu’on a récité dans l’enfance devient une mémoire archaïque, dont les vestiges ne demandent qu’à remonter à la surface, dès qu’une pensée flottante donne naissance à une voix intérieure. C’est ainsi que certains soirs, j’essaie de m’endormir en pensant au sommeil, ce personnage ailé qui ferme nos paupières après avoir traversé des champs d’asphodèles, ou des champs de pavots sur un tapis volant.
C’est très souvent l’alexandrin qui me permet de composer des formules magiques, formules qui sont l’équivalent des rituels d’autrefois pour entrer dans la nuit à reculons. Aujourd’hui, je n’ai plus que des habitudes, mais entre les habitudes et le rituel la différence est parfois très mince.
Gérard Macé