Zohran Mamdani pourrait devenir maire de New York…
Depuis l’élection de Donald Trump, entre chasse aux migrants, promotion des discriminations, dénonciation de la science et autres déclarations impérialistes, les nouvelles venues d’outre-Atlantique font souvent froid dans le dos. Une litanie des plus démoralisantes, d’autant qu’elle inspire une internationale brune qui se sent pousser des ailes.
Mais ce mardi 04/11/2025, c’est une lueur d’espoir qui nous arrive par-delà l’océan : Zohran Mamdani, un socialiste, musulman, incarnation pour ces raisons de tout ce qu’exècre le milliardaire réac de la Maison Blanche, fait la course en tête dans l’élection à la mairie de New York qui a lieu aujourd’hui.
Bonne nouvelle qu’est cette enthousiasmante campagne qui a soulevé une armée de volontaires, jeunes et issus de multiples horizons. Un enthousiasme contagieux fondé sur un principe : « rendre la ville abordable » en mettant à contribution les plus riches et en misant sur trois mesures phares, transports gratuits, gel des loyers et crèche universelle.
Une rupture avec l’establishment démocrate qui n’a, cependant, pas dit son dernier mot.
Pas plus que le camp Trump.
Andrew Cuomo, l’ancien gouverneur de l’État, défait par Mamdani lors de la primaire démocrate, et en retard dans les sondages, a reçu hier le soutien… du président états-unien, prêt à tout pour ne pas voir le candidat socialiste l’emporter.
Car c’est bien une autre voie faite de justice sociale et de solidarité que celui-ci, soutenu par Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez, ouvrirait alors.
Julia Hamlaoui
Pour Zohran Mamdani, favori des municipales à New York, le plus dur ne sera pas de l’emporter
NEW YORK – De belles paroles et des ambitions peut être un peu trop grandes pour devenir réalité ? Largement inconnu il y a encore quelques mois, le trentenaire Zohran Mamdani, issu d’une famille d’intellectuels de la diaspora indienne, pourrait devenir ce mardi 4 novembre l’un des plus jeunes maires de l’histoire de New York, mais aussi le premier musulman à occuper ce poste.
À 34 ans, l’élu local issu de la gauche du Parti démocrate est passé du statut d’outsider à celui de grand favori depuis sa victoire surprise à la primaire de son parti en juin. Les New-Yorkais se sont dès lors habitués à voir son visage barbu et souriant à la télé, ou reproduit sur les gros badges colorés que ses jeunes supporteurs arborent fièrement dans le métro.
Un récent sondage, réalisé à l’échelle de la ville par Victory Insights, donne Zohran Mamdani vainqueur avec 47 % des voix, suivi de l’ancien gouverneur Andrew Cuomo, qui a perdu les primaires démocrates, mais se présente en tant qu’indépendant, avec 29 % des suffrages et le soutien du maire sortant, le démocrate Eric Adams.
Quatre mesures phare « impossibles et insensées »
Il faut dire que Zohran Mamdani, soutenu par Kamala Harris, a des arguments qui font mouche. Ses promesses phare pour accéder à la mairie ont de quoi faire rêver bon nombre de New-Yorkais, puisqu’elles visent à rendre la ville plus abordable.
Elles tiennent en quatre points : la création d’un système universel de garde d’enfants, la gratuité des bus, la mise en place de supermarchés municipaux et – last but not least – le gel des loyers des appartements à loyer modéré.
Sur le papier, les idées sont très concrètes mais certaines voix doutent que ce programme puisse être appliqué. Josh Gottheimer, élu démocrate qui représente des villes voisines de New York dans le New Jersey, s’oppose à la candidature de Zohran Mamdani. Il dénonce « les promesses socialistes qu’il a faites à maintes reprises et qui sont non seulement irréalisables et impossibles mais insensées », a-t-il déclaré, cité par le New York Times.
Exploser le budget municipal
Les quatre propositions phares de Zohran Mamdani pourraient coûter près de 7 milliards de dollars par an, selon des estimations fournies par l’équipe de campagne du candidat et reprises par le quotidien new-yorkais.
L’idée de la gratuité des services de garde pour tous les enfants de moins de 5 ans est la plus ambitieuse (6 milliards de dollars par an). La gratuité des bus représenterait 800 millions de dollars, et la création d’épiceries municipales, 60 millions. Quant au gel des loyers des appartements à loyer réglementé, il n’aurait aucun coût direct pour le budget de la ville.
Si elles étaient toutes mises en œuvre, le coût de ces mesures dépasserait le budget du département de police de New York (6,3 milliards de dollars) et représenterait une augmentation de 6 % du budget municipal. À noter que la ville possède le budget le plus important du pays, avec près de 116 milliards de dollars.
Or, dans d’autres villes, les élus démocrates se revendiquant « socialistes » ont vu leurs objectifs contrecarrés par les mêmes forces qui entravent l’action de nombreux responsables : un budget limité, la difficulté de construire des alliances et le fonctionnement des institutions, note le New York Times.
Financer 7 milliards de dollars, plus facile à dire qu’à faire
Pour financer ses plans, Zohran Mamdani propose d’augmenter l’impôt sur le revenu des plus riches et l’impôt sur les sociétés en relevant le taux maximal de 7,5 % à 11,5 % pour l’aligner sur celui du New Jersey voisin. Toutefois, comme le précise Le Monde, le maire de New York n’a pas la main sur ces dossiers, qui nécessitent l’approbation de l’État. La gouverneure démocrate de l’État de New York, Kathy Hochul – qui soutient Mamdani et a besoin de son influence pour envisager une réélection en 2026 – s’est toutefois prononcée contre toute hausse des impôts.
Pour le candidat, taxer les riches et les sociétés ne serait pas le seul levier : il souhaite également simplifier les contrats municipaux, recruter davantage de contrôleurs fiscaux pour faire appliquer le code des impôts et recouvrer plus d’amendes. Ces trois mesures pourraient, selon lui, rapporter 1 milliard de dollars supplémentaires par an.
Face aux réticences que suscitent les modalités de financement de ses projets, Zohran Mamdani a tenté de rallier les plus sceptiques, comme les chefs d’entreprise. Il a également déclaré être ouvert à d’autres sources de financement pour ses projets, plutôt que d’augmenter les impôts des New-Yorkais fortunés et des entreprises.
« Le plus important, c’est de tenir ses promesses », a-t-il déclaré lors d’une interview pour le podcast du New Yorker. « Si tel est votre cadre de référence, alors vous devez être prêt à écouter tous ceux qui peuvent vous aider à vous en rapprocher. »
Claire Tervé. HuffingtonPost. Source (lecture libre)