Si la liberté de chacun existe, n’est-il pas parfois nécessaire, pour le bien de la société, de mettre des limites ? Mais si une limite commence… où s’arrête-t-elle ? MC
À la fin de l’été, les losers politiques sont mélancoliques. Plus question de faire le kéké à la plage ou sur un Jet-Ski à l’intention des paparazzis, il faut trouver autre chose pour exister médiatiquement.
Gabriel Attal, par exemple, a décidé fin août de « renverser la table » en ouvrant un grand débat parlementaire sur la légalisation de la GPA « éthique ».
Ce qui tombe bien, puisque au même moment l’ONU publiait un rapport sur le sujet, rédigé par la Jordanienne Reem Alsalem, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les violences contre les femmes et les filles.
Rappelons avec des mots simples ce qu’est la gestation pour autrui : une femme, généralement pauvre, loue, contre rémunération, son utérus pour y faire pousser un enfant qui sera récupéré par un couple, généralement riche, de grands bourgeois ou de startupers véganes.
On appelle la première « mère porteuse », les seconds « parents d’intention ».
Cette opération commerciale est qualifiée d‘« éthique » lorsque la femme pauvre rend l’argent. Ou fait ça gratuitement, juste par amitié pour le couple riche, avec lequel elle va former une grande famille après l’accouchement.
Ou encore quand c’est ta grande bourgeoise qui porte l’enfant, pour son majordome en couple avec son jardinier. Mais il se trouve que ces cas de figure ne se produisent jamais, ou si rarement qu’ils constituent l’exception confirmant la règle.
Et la règle, selon l’ONU, c’est que la GPA est d’abord une « marchandisation des capacités reproductives féminines », pour un marché estimé à près de 15 milliards de dollars en 2023, qui devrait atteindre les 100 milliards d’ici à dix ans… Marché qui profite surtout aux intermédiaires et aux « centres de médecine reproductive » qui fleurissent dans les pays où la GPA est un business comme un autre, les mères porteuses ne percevant généralement qu’entre, 10 et 27,5 % du montant, de l’« indemnité ».
Le rapport identifie plusieurs types de violences : économiques (contrats inéquitables), psychologiques (pressions diverses, traumatisme de la séparation pour les mères biologiques), physiques (risques médicaux), et n’hésite pas à parler de « situations d’esclavage »et de « traite d’êtres humains ». Quant à l’enfant, il est privé de ses droits et devient « un objet passif dans le cadre d’un accord entre adultes ». Un simple produit.
En novembre 2021, la clinique ukrainienne – pays où la GPA est légale – BioTexCom proposait d’ailleurs sans se gêner des promotions pour le Black Friday, avec des packs « ail inclusive »…
Un scandale ? Ça dépend pour qui.
Toujours à propos de l’Ukraine, quelques mois plus tard, au tout début de l’invasion russe, on était priés de partager les angoisses de ces « parents d’intention » français se demandant s’ils allaient bien pouvoir récupérer leur commande. Le Monde titrait à ce sujet : « Le désarroi des couples qui recourent à la GPA en Ukraine »… Car, précision nécessaire, la GPA « éthique », c’est progressiste — d’où article chouineur dans Le Monde sur les parents confrontés aux aléas des délais de livraison dans un pays en guerre.
L’Ukrainienne porteuse de bébés en promo, c’est la réponse inclusive à l’imprescriptible « droit à l’enfant » pour tous-tes. Émettre ne serait-ce qu’une interrogation sur le prétendu altruisme de cette forme d’exploitation, c’est se voir illico expédié dans le marigot de la « fachosphère ».
Pas impressionnée, forte de son master en droits humains et de ses dix-sept ans passés au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, Reem Alsalem tire les conclusions qui s’imposent et appelle les États à « prendre des mesures en vue d’éradiquer la maternité de substitution sous toutes ses formes ». En outre, elle préconise l’adoption d’un « instrument international juridiquement contraignant qui interdise toutes les formes de maternité de substitution ». Elle n’aura pas son master d’éthique.
Gérard Biard. Charlie Hebdo. 03/09/2025
La vraie question est: avoir un enfant est il un droit? Mais alors se pose la question de toutes les inégalités liées à la santé au handicap aux capacités physiques. La chirurgie esthétique est elle un droit?
Pour moi c’est faire fi de la nature, l’inégalité est dans la nature. Et elle doit être acceptée. Ça s’appelle la condition humaine.