L’abject Monopoly de Trump

C’était en février.

Donald Trump surprenait le monde en annonçant que les États-Unis allaient prendre le contrôle de Gaza pour en faire une station balnéaire de luxe. Une « Riviera » vidée de ses habitants, où il pleuvrait des dollars sur des plages de sable fin dominées par des gratte-ciel futuristes et des statues dorées du président américain.
L’idée sonnait comme une sinistre plaisanterie, tandis que la guerre conduite par Benyamin Netanyahou s’enfonçait dans une cruelle fuite en avant, et que la situation humanitaire des deux millions de Gazaouis n’était plus qualifiable.

Depuis, ce projet, qui violait clairement le droit international, semblait rangé dans les tiroirs. Face à un Netanyahou concentré sur la fragmentation de Gaza, on croyait toute discussion sur « l’après » repoussée à la fin de la guerre. Jusqu’à ce que le « Washington Post » révèle dimanche dernier un document : « GREAT Trust » (Gaza Reconstitution, Economic Acceleration and Transformation Trust) sur lequel travaille l’administration Trump.

Alors que le territoire palestinien est détruit à plus de 90 % et contrôlé à 75 % par Israël, Washington rêve toujours d’une enclave futuriste équipée d’autoroutes, de terrains de golf et de villes pilotées par intelligence artificielle. Un Monopoly grandeur nature construit sur les ruines et les cadavres de plus de 60 000 Palestiniens après bientôt deux ans de guerre.

A en croire ce schéma, chaque Palestinien possédant une terre disposera d’un jeton numérique qu’il pourra échanger soit contre un futur appartement dans l’une des six à huit nouvelles « villes intelligentes », soit contre 5 000 dollars, des aides au logement et de la nourriture s’il quitte Gaza. Voilà le cynique plan de jeu qui veut transformer ce territoire en entreprise lucrative sous tutelle américaine pour au moins une décennie.
Pire encore, Washington table déjà sur le départ « volontaire » d’un demi-million de Palestiniens, en estimant que chacun lui permettrait de réaliser 23 000 dollars d’économie.

Derrière le projet se trouvent les principaux conseillers du bureau Ovale : Steve Witkoff, le diplomate improvisé nommé émissaire spécial, Marco Rubio, le secrétaire d’État, Jared Kushner, le gendre du milliardaire accessoirement à la tête d’un fonds d’investissement au Proche-Orient.
S’y ajoutent des hommes d’affaires israéliens impliqués dans la très controversée Gaza Humanitarian Foundation, chargée de distribuer de la nourriture dans l’enclave et accusée d’avoir causé la mort de plus de I. 000 Palestiniens depuis mai selon l’ONU.

Nul ne sait si ce dessein terrifiant aboutira, mais il écrase tout sur son passage. A commencer par la seule perspective crédible à ce jour pour l’après-guerre : le projet égypto-saoudien – démilitarisation totale du Hamas et administration par des technocrates palestiniens – adopté par la Ligue arabe le 4 mars et salué par l’ONU et l’Union européenne.

Mais aussi la conférence codirigée par la France et l’Arabie saoudite prévue à l’ONU le 22 septembre, où Paris, Londres, Ottawa, Canberra et Bruxelles envisagent de reconnaître un Etat palestinien.

Enfin, le plan trumpien donne des munitions politiques à l’extrême droite israélienne, qui veut annexer officiellement des pans de la Cisjordanie et de Gaza. « Si vous le voulez, ce n’est pas un rêve », a déjà commenté le député Zvi Sukkot du Parti sioniste religieux, s’appropriant sans vergogne une célèbre phrase du théoricien de l’Etat juif Theodor Herzl.


Dimitri Krier. Le Nl Obs. N° 3181. 04/09/2025


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