… un trop-plein d’affects nous submerge,
éclaboussant le débat démocratique.
C‘est un ami français qui, lorsqu’on lui demande comment c’est passé son été, répond s’être « levé tous les matins en colère, et couché tous les soirs dans le même état ».
Une connaissance américaine qu’on appelle pour savoir si elle survit au monde sous Trump, et qui confesse : « Très bien, depuis que j’ai fermé volets et écoutilles pour ne plus le voir ni entendre sa voix. »
Un autre ami, juif, qui s’avoue plongé dans un état de prostration aiguë, le moral plombé par les massacres du 7 Octobre et les atrocités commises par l’armée israélienne à Gaza. « Un bel été de merde ! », résume-t-il avant de raccrocher.
Un été à fleur de peau en tout cas : anxiété, tristesse, colère, peur, dégoût, désarroi… Et l’automne s’annonce encore plus orageux.
Signe des temps ? Pas moins de cinq nouveaux essais se penchent sur cette déferlante d’émotions : Le Mépris, de François Dubet ; La Colère et le Chagrin de Serge Tisseron ; Les Résistances affectives de Chowra Makaremi ; Leçons de ténèbres. Ce que la violence dit du monde de Didier Fassin ; et Notre animalité perdue. Vivre avec nos violences de Jacques Deschamps.
Les affects, qu’ils soient privés ou publics, influencent le domaine intime et politique, avec des opinions variées allant du dégoût envers des acteurs politiques à un désintérêt pour l’actualité.
L’article discute du rôle des émotions dans les sociétés contemporaines, marquées par un mépris diffus et une crise sociale. Il mentionne que des groupes sociaux ressentent ce mépris, amplifié par les médias, et fait référence à l’indifférence et au déni comme réponses possibles. Les émotions, bien que simplificatrices, sont essentielles au débat démocratique. L’acceptation de l’incertitude et des désaccords est nécessaire pour renforcer la démocratie. La lassitude démocratique risque de conduire à la mélancolie, mais des révolutions peuvent émerger de manière imprévisible. Jacques Deschamps souligne l’importance de la politesse comme moyen de contenir la violence tout en permettant la lutte, transformant ainsi les émotions et les rituels en fondements d’une passion démocratique renouvelée.
Olivier Pascal-Moussellard. Télérama (Synthèse du long article que nous vous invitons à lire sur le support). N° 3950. 27/09/2025.