Loin des maux, loin des douleurs,
Loin des pleurs
Je connais une retraite
Bien secrète,
Sous l’azur et dans les fleurs.
La gaîté qui s’y promène
Vous y mène,
Durant les nuits, par la main,
Dans des sentiers où la. Lune
Vient argenter la peau brune
Du chemin.
L’existence harmonieuse
Et rieuse
Y coule en flot transparent,
Murmurant
Une idylle gracieuse.
Un long rêve en plein soleil,
Sans réveil,
S’y fait et s’y recommence.
L’amant peut, sous des berceaux,
Chanter avec les oiseaux
Sa romance.
Rien n’est égal aux doux sons
Des chansons
Que Philomèle y soupire ;
Elle inspire
Les filles et les garçons.
De ses ailes diaprées
Et dorées
L’enfant aux beaux cheveux d’or,
Eros, deux à deux les pousse
A l’écart, et, dans la mousse
Les endort.
Puis, lorsqu’en sa robe blanche
L’Aube épanche
Ses feux entre les roseaux
Sur les eaux,
Mirant là son front qui penche,
C’est pour embraser soudain,
Au jardin,
L’herbe verte des pelouses,
Et des reflets du plaisir
Teindre en pourpre le désir
Des épouses.
Viens y défiler le cours
De nos jours ;
Car, par le Temps emmenées,
Nos années
Emmèneront nos amours.
La Jeunesse c’est la rose
Qui, déclose,
Quand le matin prend son vol.
Brille tout ensoleillée,
Mais, le soir, tombe effeuillée
Sur le sol.
Claudius Popelin. Recueil : “Poesie complete (Ed 1889)”. Ed Hachette/BNF.