Toutoulogues actifs

… la fachosphère exploite sans vergogne, les faits-divers.

Certains meurtres ou faits divers sordides sont instrumentalisés par l’extrême droite. Pourtant, le fait divers est un genre noble, et les généralisations qu’osent ces médias ne sont pas fatales.

La première une du « Journal du dimanche » (« JDD ») version Bolloré et Lejeune, en 2023, était titrée : « Nous ne sommes pas des faits divers. »

Pourtant, depuis, le journal n’a eu de cesse, avec les médias CNews, « Valeurs actuelles », Europe 1, de choisir dans l’actualité des histoires qui accréditent leurs thèses racistes.
Le meurtre de Thomas Perotto à Crépol en novembre 2023,
Le viol et l’assassinat de la jeune Philippine Le Noir de Carlan, en septembre 2024…
… agitent à chaque fois le même chiffon : la volonté de désigner des auteurs issus de l’immigration.

À l’inverse, la pose d’une plaque, le 27 juin, en l’honneur de Nahel Merzouk, assassiné par un policier en juin 2023, leur donne des sueurs froides et fait pousser des cris d’orfraie à toute la fachosphère.
Par leur force de frappe médiatique, par le biais de l’information en continu, assénée et répétée, par celui des réseaux sociaux, c’est ce récit, très difficile à contourner pour la gauche, qui s’impose dans l’actualité et dans l’inconscient collectif. En ces années 2020, le fait divers est-il donc devenu d’extrême droite ?

Un fait divers, c’est une actualité qu’on ne peut ranger dans aucune case classique d’un journal, comme l’économie, la politique, le social ou la culture. « Les faits divers, ce sont aussi des faits qui font diversion », assénait ainsi le sociologue Pierre Bourdieu.

Derrière un fait divers se cache avant tout une histoire singulière et douloureuse : « Un fait divers, c’est d’abord forcément un drame ». « Le terme “divers” pourrait laisser entendre que ce n’est pas grave, mais un père qui retrouve sa fille violée, c’est grave, une mère qui perd son fils dans une bagarre, c’est un drame avant tout. Il faut toujours rester humain, empathique et humble devant un fait divers ».

« Un contexte d’extrême droitisation non pas forcément de la société, mais de l’écosystème médiatique et politique »

« C’est un genre noble », ajoute l’historien des médias Alexis Lévrier. « On a pu démocratiser la presse au XIXe siècle, et donc politiser le public, en lui donnant accès à ce type d’informations. Le fait divers joue sur les mêmes cordes que le feuilleton : le sensationnel, la proximité, le quotidien… »
Pour lui, « parler à un public populaire n’est pas sale. Simplement, ça doit se faire dans le respect de l’éthique journalistique, dont la première règle est de faire du terrain, d’instruire à charge et à décharge, de multiplier les sources et de ne publier que lorsqu’on est sûr de ne pas se tromper. Le fait divers obéit aux mêmes règles, en termes d’éthique journalistique, que le journalisme d’investigation. Et, dans l’absolu, on a tort d’avoir une posture morale qui serait symétrique de celle de l’extrême droite. »

La chercheuse au CNRS Claire Sécail, spécialiste de la médiatisation des violences politiques et criminelles, insiste : « Le fait divers n’a pas de dimension connotée en lui-même. En revanche, comme récit journalistique, qui donne lieu à des pratiques professionnelles de mise en récit de l’information, il va refléter une vision de l’état du discours journalistique du moment et des rapports de force qui s’y jouent. 

Forcément, dans un contexte d’extrême droitisation non pas forcément de la société, mais de l’écosystème médiatique et politique, il va être teinté de ce discours d’extrême droite. » Idem pour le député écologiste de Paris Aymeric Caron (fondateur du parti Révolution écologique pour le vivant), journaliste de formation, qui s’agace devant une répétition de l’histoire : « Au début du XXe siècle, le Petit Journal utilisait les mêmes phrases qu’aujourd’hui sur cette jeunesse de plus en plus violente et incontrôlable. Ça fait un siècle qu’on nous lance que des franges de la société seraient difficilement maîtrisables : on nous a sorti les Apaches à l’époque de Casque d’Or (début du XXe siècle – NDLR), les blousons noirs dans les années 1960 et, depuis trente ans, ce sont les jeunes de banlieue qui sont ciblés. »

« Ces plateaux de polémistes deviennent de plus en plus des outils d’influence de l’opinion »

La solution serait donc de repartir sur des bases journalistiques pures et du reportage de terrain. À l’instar des journalistes Jean-Michel Décugis et Marc Leplongeon et de la scénariste Pauline Guéna, qui ont enquêté longuement sur le drame de Crépol et en ont sorti un livre, « Une nuit en France » (Grasset). Avec respect, sans affect, et sans avoir l’outrecuidance de transformer cette histoire en fait de société. Tout l’inverse du travail des chaînes d’information continue, qui vont être, en plateau, sur le sensationnel y compris au mépris des faits. Pour Claire Sécail, cette éditorialisation des plateaux est à la fois stratégique et politique. Stratégique, dans un objectif de « rationalisation économique », car « le reportage, ça coûte cher ». […]

L’instrumentalisation à des fins politiques

Contrairement au systématisme de la fachosphère sur les sujets qui les obsèdent, on ne peut pas toujours tirer de grandes conclusions d’un fait divers. Et quand cela arrive, comme pour les féminicides, longtemps considérés comme des faits divers, « ça doit se faire avec des statistiques fiables et par un travail qui est typiquement journalistique. Et ça demande une extrême rigueur pour que ça fonctionne », estime Alexis Lévrier.
Or, selon lui, « cette rigueur et cette méthode, l’extrême droite ne les a pas ». Comme en témoigne cette une d’un « JDD » de l’été 2023, où « le Enzo en couverture n’était pas le bon ». Ce n’était pas un gamin poignardé par un exilé, « mais une victime d’un accident de la route, avec une marche blanche dirigée contre les violences routières que l’hebdomadaire a transformée en marche blanche contre les immigrés ». Geoffroy Lejeune mis devant l’évidence a persisté à nier : « C’était absurde de maintenir ce mensonge, mais c’est typique de l’extrême droite depuis l’affaire Dreyfus : la réalité ne compte pas. Ce qui compte, c’est de soumettre la réalité à l’idéologie. » […]

Les tentatives pour enrayer le phénomène sont nombreuses : des journalistes ne renoncent pas à raconter ces histoires avec sérieux. D’autres, comme Alice Géraud, transforme le réel en fiction pour toucher le plus grand nombre. D’autres enfin préféreraient en limiter la place. […]


Caroline Constant. Source (Extraits)   


Une réflexion sur “Toutoulogues actifs

  1. bernarddominik 02/08/2025 / 16h58

    Il faut simplement regarder la population carcérale pour avoir une idée de la population délinquante. Mais l’extrême droite ne fait qu’exploiter ce que tout le monde peut voir. J’ai travaillé 40 ans rue de l’évêché à Marseille, à côté du plus important commissariat de la ville. Il suffisait de regarder par la fenêtre pour voir qui portait les menottes. Regarder est ce du racisme? A Paris les gangs de vol à la tire sont essentiellement des roumains. En Roumanie j’ai vu le château d’un « roi des gitans », impressionnant, financé par quoi? Les vols en France en Allemagne… Et il y aurait, selon la guide, une bonne dizaine de ces rois en Roumanie. Et ils ne se cachent pas. Le vol est une industrie.

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