J’ai planqué une paire de tomates humides dans le placard du salon.
Ce n’est pas très soigné, mais j’étais bien renseigné sur le sujet épineux des plants mal acquis. Je me suis convaincu que c’était l’endroit idéal. Ensuite, la première dame est venue me visiter avec des inspecteurs, je n’avais rien à leur dire.
Excusez-moi du peu, on a encore le droit de faire pousser des légumes.
Ce sont des fruits, corrigea l’inspecteur. Un des inspecteurs. L’inspecteur en chef. S’ensuivit une longue discussion sur la différence épuisante entre les légumes et les fruits, à laquelle je pris part, évidemment, mais une maigre part. Tout le monde voulait la sienne, de part.
Dès qu’il y a quelque chose à partager tout le monde veut la sienne, de part. Il faut reconnaître qu’une part de la discussion qui nous animait violemment au sujet des fruits et légumes, ce n’était pas très nourrissant. J’essayai donc de m’éclipser pour rentrer chez moi mais j’étais déjà chez moi. Donc personne ne me crut et je dus protéger mon placard du salon avec beaucoup de ruse et de placidité.
Voulez-vous un jus de fruits ?
De l’eau gazeuse ?
Je dirigeai toute la compagnie vers la cuisine et toute mon attention sur la porte du frigo, comme si ma liberté reposait entièrement sur son autorité.
La porte du frigo s’ouvrirait et tout finirait bien.
Instantanément.
Arthur Teboul. Recueil : « Le Déversoir ». Ed Seghers
Loufoque, pas si sûr… juste la vie de tous les jours en somme, où l’on se débat avec les petites absurdités du quotidien. Après tout, qui aurait pensé que dans cette banale routine, une touche d’humour et d’ironie pourrait éclairer nos moments les plus sombres ? Juste que personne ne fera pousser de tomates dans son placard… encore que, avec un peu de créativité et d’audace, peut-être que certains oseraient relever ce défi. Pourquoi pas transformer un simple placard en un jardin miniature, plantant des graines d’ingéniosité et d’imagination ? Le quotidien, souvent si banal, peut en réalité se révéler être un terrain fertile pour les idées farfelues et les rêves inattendus. MC