Tirez les premiers

Donald Trump sera-t-il le Neville Chamberlain du XXIe siècle ?

Ce brave Premier ministre britannique qui, de retour de Munich en 1938, brandissait à sa descente d’avion le papier signé par « Monsieur » Hitler où le célèbre dictateur s’engageait à ne plus revendiquer de territoire après qu’on lui eut cédé celui des Sudètes.

On ne peut s’empêcher de penser aux Ukrainiens écartés du sommet d’Anchorage, en Alaska, comme le furent les Tchécoslovaques, absents de la conférence de Munich, qui allait pourtant décider de leur sort.
Les Européens vont-ils se résigner au même destin, quatre-vingt-sept ans après ?

À quoi bon nous avoir abreuvés depuis cinquante ans de documentaires en noir et blanc, tous plus déprimants les uns que les autres, sur la montée du nazisme et du fascisme en Europe si, en 2025, Européens et Américains reproduisent les erreurs passées ?

À quoi bon ces milliers de livres sur la Seconde Guerre mondiale, ce déploiement d’érudition historique, de travail pédagogique, de culture politique, si aujourd’hui on accepte sans broncher de voir sous notre nez un pays dépecé par deux ogres ?

La culture donne parfois l’impression d’être hors-sol, de fonctionner en circuit fermé, d’être déconnectée de la réalité, dissociant notre corps de notre esprit et notre histoire présente de notre histoire passée. Tant d’érudition et de culture pour en arriver à une telle incompréhension de notre temps.

À la décharge de Neville Chamberlain, les démocraties ont toujours été acculées à la position la plus pacifiste, car déclencher des guerres ne fait pas partie, en principe, de leur culture politique.
Face aux régimes autoritaires, elles préfèrent retarder le plus possible le moment de l’affrontement et attendent de recevoir par Colissimo une déclaration de guerre en bonne et due forme pour avoir l’autorisation morale de se défendre et de mobiliser leurs armées.

Hier, c’était « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! ». Aujourd’hui, c’est « Messieurs les fascistes, tirez les premiers ! ».

Des années après, il est facile d’ironiser sur les épisodes tragiques du passé dont nous connaissons les tenants et les aboutissants et sur les dirigeants qui n’ont pas su éviter les catastrophes.

Comme le disait un témoin au procès Papon à propos de l’état d’esprit des déportés dans leurs wagons les conduisant vers une destination inconnue : « Jusqu’à la dernière minute, un cancéreux a toujours l’espoir qu’on va découvrir un traitement miracle pour le sauverl ».

Face à la Russie, les démocraties sont un peu dans la même situation. Il va bien survenir un coup de théâtre qui mettra fin à cette escalade, non ?
C’est ce qu’espère Trump : voir Poutine devenir plus raisonnable. Bel espoir, enfanté autant par la naïveté que par La bêtise.

Dans ce registre, celui du déni, il y a aussi ceux qui prétendent que les politiques et les médias à leur botte dramatisent la situation pour préparer l’opinion publique à accepter des coupes budgétaires dans les dépenses sociales au profit du budget de l’armée et du lobby militaro-industriel.

On aimerait que ce soit vrai et que toute cette agitation ne soit qu’une comédie pour faire diversion. Mais en est-on si sûr ? Où s’arrêtera la mise en scène, si mise en scène il y a, et quand commencera la tragédie, si elle devait survenir ?

Entre Chamberlain et Churchill, c’est toujours le second qui est valorisé dans les manuels scolaires. Churchill qui sortait de ses périodes dépressives dès que le canon tonnait à nouveau. Un fou furieux va-t-en-guerre qui nous ferait trembler de peur si aujourd’hui il était aux affaires.

Les pacifistes et les négociateurs passent pour des lavettes et des lâches, alors que les bellicistes font figure de lucides et de courageux. Les créatures infernales comme Poutine donneront-elles encore raison aux seconds et humilieront-elles une fois de plus, les premiers ?


Édito de Riss. Chalie Hebdo. 20/08/2025


Bien sûr, ceci n’est que l’avis d’une personne sur la guerre entre la Russie et l’Ukraine, mais cela soulève aussi des questions sur la position de Donald Trump : « Fort avec les faibles, faible avec les forts ».

Quant aux dirigeants européens, ils ont perdu de vue l’accord de 1950 qui prévoyait une stratégie commune en matière de défense et d’économie face aux grandes puissances comme les USA, la Russie et la Chine.
MC


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