Je suis déjà mort plusieurs fois dans ma vie, mais jamais de façon définitive, heureusement, car je n’aurais jamais pu prendre le temps de regarder dans le rétroviseur. Derrière ces morts paradoxales se cache une vérité : oui, il y eut des instants où tout semblait fini, où le monde paraissait rétréci à une absence. Et pourtant, la vie a toujours trouvé une brèche par où rejaillir.
Ces « morts » symboliques sont les mues invisibles de l’âme. Elles surviennent lorsqu’on perd un amour, un rêve ou une version de son ego hier assurante. Sur le moment, elles nous laissent hagards, comme amputés. Mais elles ouvrent aussi un espace.
Chaque fois que je croyais avoir touché le fond, un fait, une étincelle me ramenait à la surface : cela pouvait être un mot, une rencontre, une idée. L’ouverture me livrait de nouvelles forces, une vision plus claire. Ce n’était pas un retour triomphal, mais une naissance patiente.
En vieillissant, j’ai compris que ces tourments momentanés constituent une vie. Une vie loin d’être linéaire, mais une suite de cycles. Et c’est dans cette transformation continue que réside notre puissance, nos acquis : renaître, encore et encore, même quand on croit ne plus en avoir la force.
MC