Face au sur-tourisme.

Piétiner dans un monument pris d’assaut par la foule, ne pas pouvoir poser sa serviette sur une plage trop bondée, faire la queue pendant des heures pour visiter un musée…

Des désagréments qu’on a tous vécus et pour cause : 95 % des flux touristiques se concentrent sur 5 % de la planète. À certaines périodes de l’année, des villes comme Venise, Barcelone, Lisbonne, Athènes sont saturées de visiteurs. Les villages ne sont pas à l’abri du phénomène, à l’instar de Zaanse Schans aux Pays-Bas, qui a vu passer 2,6 millions de visiteurs l’an dernier.

La France, première destination touristique au monde, n’est pas épargnée puisque 80 % des touristes se concentrent sur 20 % du territoire. « Selon notre classement paru en juin, Cannes, Nice, Annecy, Antibes, Paris, Avignon, Aix-en-Provence et Marseille apparaissent comme les villes les plus touchées par le surtourisme », indique Jérôme Devouge, fondateur du site Ville de rêve.
« Ce sur-tourisme conduit à une  » Disneylandisation », de certaines villes, qui ont perdu leur âme, puisqu’elles comptent de moins en moins d’habitants », souligne Frédéric Thomas, professeur associé à l’Institut de recherche et d’études supérieures du tourisme de Paris I Panthéon-Sorbonne.

Imposer des taxes pour les visiteurs

Mais la riposte s’organise pour lutter contre cette saturation touristique.
Certaines villes ont ainsi mis en place une politique de taxes pour les touristes. À l’instar de Venise où les visiteurs d’un jour doivent payer 5 euros (et même 10 euros s’ils réservent moins de quatre jours à l’avance) lors de forte affluence (54 jours en 2025) afin d’accéder au centre historique.
Un système pas très probant selon Frédéric Thomas : « Ces stratégies par les prix créent juste des inégalités d’accès à certains sites ».

Autre mesure pour freiner le nombre de touristes : l’instauration de quotas de visiteurs.
Depuis 2023, à l’île-de-Bréhat (Côtes-d’Armor), un arrêté municipal limite la fréquentation à 4 700 personnes entre 8 h 30 et 14 h 30, du lundi au vendredi en été (cette année du 28 juillet au 22 août). « Le Parc national de Marseille a aussi mis en place un système de réservation obligatoire et gratuite pendant la très haute saison. Un système très efficace et juste pour limiter le nombre de visiteurs », estime Jérôme Devouge.

Les locations saisonnières dans le viseur

Un avis partagé par Frédéric Thomas : « La solution des quotas pour l’accès aux sites touristiques est la meilleure, car elle est équitable. Et elle dissuade généralement les touristes de revenir une deuxième fois sur le site ».

Certaines villes sujettes au sur-tourisme ont aussi mis un coup de frein sur les flux venant des bateaux de croisière.
C’est ce qu’a fait Venise, où ils sont interdits dans le centre-ville depuis 2019.
Dans les îles grecques de Santorin et Mykonos, une taxe de 20 euros du 1e juin au 30 septembre est désormais appliquée à tous les passagers des bateaux de croisière qui veulent y entrer.

Autre levier à actionner et pas des moindres : un encadrement plus strict de la location de meublés touristiques. « Car l’excès de l’offre d’hébergements a favorisé l’augmentation de la demande touristique. D’où l’idée de limiter l’accueil touristique pour diffuser les nuitées sur des territoires beaucoup plus élargis. Seul bémol : cela n’empêche pas les touristes de venir à la journée », explique Frédéric Thomas.

À Athènes, il n’est ainsi plus possible d’enregistrer de nouveaux logements sur les plateformes de locations de courte durée pour au moins un an.
De son côté, en mai, le gouvernement espagnol a ordonné la suppression de près de 66 000 annonces sur Airbnb, jugeant qu’elles étaient illégales, notamment à Madrid et Barcelone. Et cette dernière veut mettre en place l’interdiction des locations saisonnières de courtes durées dans les cinq ans à venir.

Certaines destinations ont aussi levé le pied sur la communication pour ne pas attirer en­core plus de foule. « De plus en plus d’offices de tourisme ne font plus de promotion dans les médias ou les réseaux sociaux. Et certains n’hésitent pas à contacter des influenceurs pour leur demander de retirer des photos de leur destination », constate Jérôme Devouge.

Les voyageurs sont aussi encouragés à venir pendant les périodes moins fréquentées. Mais sont-ils vraiment prêts à jouer le jeu ?


Delphine Bancaud. Le Dauphiné 14/08/2025


3 réflexions sur “Face au sur-tourisme.

  1. raannemari 16/08/2025 / 18h39

    « Le tourisme consiste à déplacer des gens qui seraient mieux chez eux vers des endroits qui seraient mieux sans eux. » Ph. Meyer

  2. Rendezvous Nepalais 24/08/2025 / 11h39

    Namaste.
    Même si le Népal n’est pas toujours perçu comme une destination saturée, certaines de ses zones emblématiques subissent un surtourisme flagrant. Le trek vers le camp de base de l’Everest en haute saison peut parfois ressembler à l’autoroute A6 un jour de chassé-croisé.

    Votre article soulève une question essentielle : comment voyager sans tout détruire ? Le voyage est un droit, mais nous devons repenser notre manière de consommer le tourisme. Le surtourisme ne dépend pas seulement des choix individuels, mais aussi de l’organisation des congés. Sauf erreur de ma part, les entreprises en Allemagne n’appliquent pas de fermeture collective l’été, ce qui étale naturellement les flux touristiques – une pratique qu’on pourrait adopter en France, en Italie ou en Espagne.

    • Libres jugements 24/08/2025 / 12h21

      Bonjour et merci pour ce commentaire.
      C’est vrai que le bon sens voudrait, reste que pour nombre de Français, les vacances sont les congés payés qui l’on prenait et prends encore au mois d’aout.
      Changer les mentalités, Oh oui, mais c’est très long. Dans le sud de l’Ardèche ou je réside annuellement, de 10.000 maxi l’hiver dans les différents villages autour du Pont D’arc, la population est multipliée entre 10 et 15, c’est 100 000 en juillet et 150 000 en aout.
      La descente en canoë des gorges de l’Ardèche est maintenant réglementée, un quota est appliqué.45 minute mini pour faire 10 KM
      Amitès. Michel

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