Un avis sur les annonces Bayrou


Franceinfo : les différents groupes politiques de l’Assemblée nationale se mettent en ordre de marche en vue d’une éventuelle dissolution, RN, PS, notamment. Est-ce également votre cas ?

Elsa Faucillon : Oui, mais peut-être on va dire d’abord pourquoi, parce que c’est ça à mon sens le plus intéressant pour celles et ceux qui nous écoutent. On a eu les annonces du Premier ministre il y a quelques jours, des annonces qui restent sur la même ligne finalement que M. Barnier, qui a déjà été censuré pour les mêmes raisons, c’est-à-dire que la volonté est de faire peser sur les travailleurs et les travailleuses de ce pays, sur les retraités, le manque de recettes qui doivent revenir à l’État. Et ils en sont directement responsables.
Ce manque de recettes, pour être très clair, ce sont les énormes cadeaux qui ont été faits, soit aux très grosses entreprises, soit aux très riches de ce pays, et qui maintenant creusent une dette dont on vient nous expliquer qu’il faudrait qu’elle soit supportée par des efforts fournis par celles et ceux qui paient justement très lourdement ce manque de recettes.

Franceinfo : Et cette dette, elle est aussi liée à des dépenses, à notre modèle social, au fait que les dépenses publiques sont très importantes.

Elsa Faucillon : C’est faux. Les dépenses publiques, elles sont égales depuis huit ans, entre 2017 et 2025, par rapport au PIB, elles sont égales. En revanche, il y a une chose qui a baissé, c’est l’entrée des recettes. Et l’entrée des recettes est directement due aux énormes abattements fiscaux qui ont été faits pour les plus riches.
Donc on n’est pas sur une crise des dépenses, on est sur une crise des recettes.
Et donc il est totalement injuste de le faire payer à celles et ceux qui, d’ailleurs, ont déjà fourni beaucoup d’efforts. J’entendais il y a peu sur votre chaîne un monsieur qui disait : « Bah moi, s’il faut travailler une semaine de plus, je vais travailler une semaine de plus parce que mon loyer a augmenté« .

C’est ça qu’on propose aux travailleurs de ce pays ?

Dans notre pays aujourd’hui, qui a des capacités financières qui peuvent permettre qu’on continue ce niveau de dépenses, nous avons proposé à l’Assemblée nationale, par exemple, la taxe Zucman, qui prévoit de taxer à 2 % les patrimoines les plus riches. On parle de ceux qui ont plus de 100 millions de patrimoines.
Le gouvernement, au moment où nous avons proposé cette taxe. On continue à prélever même quand les gens partent. Mais surtout, on est venu nous expliquer que ces pauvres gens allaient devoir vendre une partie de leur patrimoine ou de leur entreprise pour pouvoir payer la taxe.
On parle de 1 800 foyers qui détiennent plus de 100 millions d’euros. À eux, on ne demande aucun effort, alors qu’on demande aux salariés de ce pays de rogner une semaine de congé payé.

Franceinfo : Il y a une contribution différentielle pour les plus hauts revenus qui est reconduite et puis il y a aussi une taxe qui est prévue de plus de 2 milliards.

Elsa Faucillon : Vous avez d’ailleurs vous-même du mal à l’expliquer, puisque j’ai bien écouté François Bayrou. Il a été extrêmement précis quand il s’agissait des deux jours de congé, quand il s’agissait des mesures qui allaient s’adresser au plus grand nombre de ce pays.
Et en revanche, en ce qui concerne les plus riches, celles et ceux qui ont été favorisés depuis huit ans par leurs mesures, on reste extrêmement flous et ils ont exclu la taxe Zucman.
La taxe Zucman, c’est environ 20 à 25 milliards. C’est-à-dire la moitié de 45 milliards qu’ils annoncent en austérité. Donc, nous avons des mesures.
La principale chose, c’est qu’il y a un refus, je dirais, entêté de la part du gouvernement et du président de la République, qui, je le rappelle, a crié au génie des annonces de François Bayrou.
Le génie, selon lui, c’est de s’attaquer toujours, toujours, aux mêmes, celles et ceux qui travaillent dans ce pays, celles et ceux qui ont leur retraite. Et donc ça suffit, c’est injuste.

Franceinfo : Mais vous vous êtes attachée à l’équité. Or on voit que là, tout le monde va payer plus finalement. Tout le monde est un peu concerné.

  • Elsa Faucillon : Alors d’abord, non, c’est faux. Tout le monde ne va pas payer puisque, je le redis, celles et ceux qui sont très largement épargnés, ce sont celles et ceux qui ont le plus dans ce pays et qui se sont enrichis sous les mandats d’Emmanuel Macron.
  • Et vous ne croyez pas que les salariés et les retraités de ce pays ont déjà largement contribué ?
  • Il y a la réforme des retraites, par exemple. 64 ans, deux ans de plus, ce n’est pas largement contribué. Trois réformes de l’assurance chômage, ce n’est pas déjà largement contribué. L’inflation, ce n’est pas oui, donc ça concerne déjà tout le monde. Ça concerne déjà la majorité des citoyens de ce pays.

En revanche, il y en a qui se sont largement enrichis pendant les huit ans, et ce sont les ultra-riches. Et on nous explique aujourd’hui que cela ne devrait rien faire pour ces 45 milliards qu’il manque, 45 milliards dont ils ont eux-mêmes bénéficié. On doit arrêter ça. C’est évidemment injuste, mais c’est mauvais aussi pour l’économie.

Franceinfo : Cette année blanche-là qui va concerner tous les revenus puisqu’on ne sera pas augmentés, il y aura un gel finalement de l’inflation. François Bayrou dit que ce sera pratiquement indolore puisque de toute façon l’inflation est très faible. Donc finalement, on ne le sentira pas.

Elsa Faucillon : Donc 2 % pour 100 millions, c’est très douloureux. Et puis un gel pour l’ensemble des salariés de ce pays, c’est indolore. Vous voyez, cette espèce de deux poids, deux mesures, elle est insupportable. Et j’ajoute que sur les annonces qui ont été faites, on en parle peu, mais il y a aussi l’attaque vis-à-vis des services publics.

Franchement, celles et ceux qui nous écoutent, qui vivent soit en quartier populaire, en périphérie de ville, soit en milieu rural, ont-ils l’impression qu’ils ont trop de services publics ?

  • Et on nous annonce qu’on va encore supprimer 3 000 postes de fonctionnaires.
  • De quoi a-t-on trop dans ce pays ?
  • On a trop d’hospitaliers ?
  • On a trop de professeurs dans les écoles ?
  • On a trop de personnel de justice ?
  • On a trop de personnel aux impôts ?
  • Enfin, où est-ce qu’on rogne ?

Moi, je dis que ça, ça doit s’arrêter, parce que la saignée des services publics a des conséquences extrêmement graves pour les citoyens et les citoyennes de ce pays en termes de santé, en termes d’accès aux droits. Et donc, il faut stopper ça. Ça crée finalement des dépenses supplémentaires parce que ces gens, au bout d’un moment, ils finissent par avoir des besoins et se retournent vers d’autres prestations.

Franceinfo : Ce que dit François Bayrou, c’est la dernière station avant la falaise. Il faut que tout le monde mette la main à la pâte si on veut sauver notre pays. Et il vous met, vous aussi, face à vos responsabilités.

Elsa Faucillon : Vous ne l’entendez pas comme ça ? L’année dernière, pour le budget 2025 qui était étudié en 2024, je crois qu’avec les collègues du Nouveau Front Populaire, nous avons fait preuve de responsabilité pendant le débat sur le budget. Qu’est-ce qu’on a fait émerger alors qu’il refusait le débat ? Justement des recettes supplémentaires à hauteur de 50 milliards. Donc la responsabilité, justement, je crois qu’elle est d’aller chercher ce qui va nous permettre de répondre aux besoins de ce pays.

C’est ça, être responsable quand on gouverne. Ce n’est pas expliqué à toutes celles et tous ceux qui, dans ce pays, contribuent à la richesse qu’ils n’ont rien compris et leur faire un cours sur la dette pendant une heure, alors même qu’ils se rendent très bien compte de ce que c’est, eux, de ne pas avoir assez dans le porte-monnaie pour pouvoir payer l’ensemble des factures, et qu’ils voient très bien que celles et ceux qui en ont le moins besoin se sont enrichis.

Donc la responsabilité, si vous voulez, c’est de pouvoir justement regarder ce que sont les besoins dans un pays et de pouvoir y répondre.


FranceInfo. Source  (Lecture libre)


Un avis de B.H.

Oui, il y a bien un problème de recettes, mais qui concerne les charges sociales, donc pas le budget de l’État, mais celui de l’Urssaf et un problème de TVA dû à l’affectation d’une partie de la TVA aux communes suite à la suppression de la taxe d’habitation.

Les baisses de charges sont-elles un cadeau aux riches ? Pas évident.

En revanche elles ont été faites sans discernement et donc dans certains cas ont effectivement augmenté les dividendes. Et puis il y a la flat tax sur les dividendes défavorable aux petits actionnaires très profitable aux gros, mais surtout la possibilité offerte aux gros d’échapper totalement à l’impôt.

Quant aux jours de travail supplémentaires ça peut être vu comme une augmentation de la productivité du travail, ou, plus probablement, un élément de négociation pour faire croire à une concession.


Un Avis de R.B.

Il n’y a de bien nouveau sous le ciel bleu quant aux discours depuis des décennies (capital/travail).

Si ce n’est que la répartition de la prospérité a totalement changé.
Cette prospérité acquise par les salariées et les fonctionnaires ainsi que la consommation des chômeurs, retraité(e)s et l’apport non estime des bénévoles dans tous les domaines a été captée par les possédants, les prédateurs financiers et les milliardaires !

Tous les chiffres en attestent !


Avis, qui comme tout autre avis n’engage que son auteur. MC


Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.