L’idéologie libertarienne.

Elon Musk vient d’annoncer qu’il allait créer sa propre formation politique, le Parti de l’Amérique. Puisque Trump ne fut pas le pantin qu’il espérait manipuler à sa guise, c’est lui-même qui dirigera l’Amérique. C’est en tout cas son ambition. Cette décision n’est pas une fantaisie de plus d’un milliardaire qui est avant tout le représentant d’une caste de dirigeants anglo-saxons pétris de l’idéologie libertarienne selon laquelle l’État doit être détruit afin de laisser les patrons des multinationales de la tech comman­der le monde. Ils y sont grandement parvenus en imposant à l’humanité les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle, qui réécrivent notre langage et redéfinissent notre liberté d’expression.

En quelques décennies, l’espèce humaine s’est soumise sans la moindre protestation à leur diktat technologique. […]

L’obscénité d’Elon Musk

La perversion de cette machine infernale qu’ils ont fabriquée, c’est que, pour la combattre, il faut en faire partie. C’est-à-dire qu’il faut être présent sur les réseaux sociaux pour dénoncer ceux qui les ont créés. Le système totalitaire parfait : pour lutter contre lui, il faut l’utiliser et donc le nourrir.

Les extrêmes droites et les islamistes de la terre entière ont compris l’intérêt d’être actifs sur ces réseaux qui leur permettent de diffuser en toute impunité leur propagande. Les extrêmes ont tout de suite apprécié la dimension despotique de ce monde numérique, où rien ne peut être encadré ni interdit. L’État, qui a pourtant le monopole de la contrainte pour défendre l’intérêt général, est impuissant à y contrôler quoi que ce soit. L’intérêt général n’est alors plus défendu par personne.

Les forts écrasent les faibles, à l’image de ces adolescents poussés au suicide, victimes de lynchage sur les réseaux. Le monde numérique est une marche de la mort où les plus violents survivront et où les plus fragiles seront broyés. C’est cela que Musk et les libertariens veulent imposer à la planète, c’est-à-dire à nous, à notre existence, à notre pensée, à notre liberté. […]

Il y a là tous les ingrédients pour une révolution mondiale contre cette aristocratie numérique qui a créé et contrôle un ­système de domination technologique qui asservit 8 milliards d’êtres humains. Qu’attendons-nous pour nous révolter contre cette oligarchie ? Il a suffi de cesser d’acheter les voitures Tesla de Musk pour que le cours de ses actions s’effondre. Car c’est nous qui, en utilisant tous les jours les smartphones et les applications, alimentons l’immense puissance économique et politique des ogres de la tech. Les outils numériques qu’ils nous ont vendus et que nous avons achetés sans méfiance, nous avons entre les mains le pouvoir de les éteindre et de faire vaciller l’hégémonie des dictateurs de la tech.


Éditorial de Riss. Charlie Hebdo (Extraits). 09/07/2025


Une réflexion sur “L’idéologie libertarienne.

  1. bernarddominik 10/07/2025 / 9h49

    L’état, c’est aussi une « classe » au sens marxiste, qui a pris le pouvoir, issue de quelques écoles très sélectives par l’argent, elles ouvrent la porte de l’ENA dont le système de concours est des plus opaques. Et ce petit monde se partage les prébendes de l’état, qui comme la noblesse sous Louis XVI est devenu incapable de gérer les affaires publiques à force de faire grossir le fromage. Comme sous Louis XVI le déficit de l’état est abyssal et les bénéficiaires ne veulent pas mettre fin à leur tutelle.
    Musk propose sa révolution, qui comme toute révolution est excessive et au profit d’une autre bourgeoisie. Déjà commençons par détruire cette nouvelle noblesse et recréons les règles de gestion saine avec une séparation des finances en 3 : le régalien (éducation armée équipements publics état civil), santé retraite et sociale, et enfin gestion locale (régions et communes élargies). Il faut que le financement soit séparé pour éviter les dérives comme actuellement où l’état peut prélever dans les caisses du social pour couvrir ses achats de munitions pour l’Ukraine.

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.