La silhouette des femmes.

Mille ans de fantasmes et de violences : voilà à quoi pourrait se résumer la condition du corps féminin.

Une constatation de l’historien de la médecine et de la santé Stanis Perez (1), évoquant le corps féminin toujours contraint et surveillé, autant par elles que par la société.


  • Pourquoi les canons de la beauté féminine sont-ils restés inchangés depuis mille ans ?

[…] À l’époque médiévale, où se développent la peinture et l’imprimerie, donc la diffusion d’images et de textes à grande échelle, le modèle masculin, comme l’a montré l’historien médiéviste Georges Duby dans Mâle Moyen Âge(1988), était celui du chevalier : robuste, musclé, les cheveux bruns « virils »…
À l’opposé, la femme se devait donc d’être une poupée de porcelaine, dotée d’un corps si mince qu’il ne pouvait avoir connu la maternité, mais plutôt rappeler celui d’une adolescente, voire d’une enfant prépubère : un corps éternellement jeune et « innocent » de toute sexualité.

  • Un pur fantasme ?

Un fantasme et des normes construits par les hommes, et très cher payés par les femmes, qui en ont toujours fait l’objet. Car c’est un paradoxe spécifique au corps féminin, que l’on retrouve à toutes les grandes périodes historiques : il est à la fois désiré et maltraité. Comme si, en plus de devoir « souffrir pour être belles » – en s’astreignant à se conformer à un idéal inaccessible, imposé par les hommes mais tout autant accepté par elles –, les femmes devaient être punies pour leurs qualités. Il ne fait jamais bon être trop belle (ni trop intelligente, ni surtout trop libre) quand on est une femme.

Ces normes seraient une façon de les contrôler ?
Elles n’ont en tout cas rien de superficiel et leur profondeur historique le prouve : on souffrait déjà d’anorexie au Moyen Âge, et les premiers « traités de cosmétique » de la Renaissance délivraient surtout des injonctions.
Même la révolution industrielle, supposée avoir libéré les femmes en les faisant travailler à l’usine, les a en réalité mieux soumises : elles se sont débarrassées de contraintes vestimentaires incompatibles avec leurs nouvelles tâches, tel le corset porté depuis le XVIᵉ siècle, mais cet accessoire n’a pas disparu. Il a pris d’autres formes, notamment psychologiques. Ces normes sont restées prégnantes tout en étant invisibilisées, donc plus perverses encore. […]

La faute aux réseaux sociaux ?
Ils ont démultiplié les images en circulation, qui engendrent la concurrence et la comparaison. Alors que le corps féminin, désormais supposé libre et indépendant, s’est progressivement dévoilé au fil des siècles, il se retrouve brutalement exhibé partout dans l’espace public… tout en conservant les normes originelles du XIᵉ siècle ! […]


Propos recueillis par Lorraine Rossignol. Télérama (très courtes extraits) N° 3939. 09/07/2025


  1. Le Corps des femmes. Mille ans de fantasmes et de violences XIᵉ-XXIᵉ siècle,
    Stanis Perez, éd. Perrin, 432 p., 25 €.

2 réflexions sur “La silhouette des femmes.

  1. bernarddominik 16/07/2025 / 18h19

    Mille ans? C’est optimiste moi je dirais plutôt 100000 ans. La situation de la femme à Babylone ou à Memphis était une situation de dépendance et d’objet sexuel, la prostitution y était florissante avec ses proxénètes souvent directeurs de temples.

  2. raannemari 16/07/2025 / 18h48

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