Détruire la culture d’un peuple…

… prouve une intention génocidaire.

S’attaquer au patrimoine et à l’éducation d’un peuple constitue un crime de guerre. Israël s’en rend coupable à Gaza, selon un rapport publié mi-juin par la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU chargée d’enquêter dans le territoire palestinien occupé. Explications de Vincent Négri, de l’Institut des sciences sociales du politique (ENS Paris-Saclay).

  • Quelle vision de la culture et de l’éducation exprime cette infraction ?

Les conventions de La Haye de 1899 et 1907 sur le droit de la guerre stipulent que « toute saisie, destruction ou dégradation intentionnelle des […] monuments historiques, oeuvres d’art ou de science, est interdite et doit être poursuivie ». Les racines philosophiques de cette idée sont très profondes chez Emmanuel Kant et son droit cosmopolitique qui repose sur la dimension culturelle et l’hospitalité universelle. Ou chez le philosophe Quatremère de Quincy, qui estime en 1796, à propos des spoliations napoléoniennes : tout ce qui relève d’une « République des arts […] appartient à tous les peuples ».

  • Quels crimes commet à Gaza l’armée israélienne ?

Un crime de guerre est commis quand sont ciblés délibérément hôpitaux, lieux d’enseignement ou de culte, musées, sans utilité pour l’offensive. Le crime contre l’humanité est constitué quand on s’en prend à l’ensemble d’une population, y compris à travers sa culture. La Commission estime qu’Israël commet à Gaza un « crime contre l’humanité d’extermination ». Et en 2001, le Tribunal spécial pour l’ex-Yougoslavie a considéré que des destructions délibérées et répétées de sites culturels appartenant à un groupe social peuvent prouver une intention génocidaire.

  • En Syrie, en Ukraine, en Palestine… le patrimoine est visé. À quoi sert la protection du droit international ?

Elle peut entraîner l’obligation, pour le contrevenant, de réparer les conséquences des violations. Si des procès ont lieu contre des militaires russes qui ont piloté l’attaque de la cathédrale d’Odessa ou des pillages dans des musées, l’intention d’effacer la culture d’un peuple pourrait être invoquée et des compensations ordonnées. Raphael Lemkin, le juriste polonais qui a théorisé le génocide en 1944, entendait y inclure le génocide culturel car, disait-il, il est difficile de séparer le corps de l’âme…


Propos recueillis par Juliette Bénabent. Télérama. N° 3938. 02/07/2025


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