Les prédateurs

Les fumées obscures provoquées par l’abominable crachat
des bombes cachent un projet : celui du « Grand Moyen-Orient ».

L’ardent feu des missiles les plus sophistiqués, le bruit strident des torpilles qui tuent et détruisent à Ispahan comme à Tel-Aviv ou Haïfa, sont inversement proportionnels au silence du droit international, et à l’impunité accordée à l’État d’Israël dans la poursuite de l’étouffement des populations de Gaza, et l’accélération de l’annexion de la Cisjordanie et de Jérusalem.

L’alliance des pouvoirs d’extrême droite étasunienne et israélienne jette ses forces dans une funeste bataille contre le régime intégriste religieux iranien, tout autant d’extrême droite, tout autant au service d’une grande bourgeoisie en Iran, au prix du sacrifice des populations innocentes.

Ils n’ont retenu aucune leçon de l’histoire. On ne libère pas un peuple avec des chars et des avions déversant leur déluge de mort. On ne met pas fin à une guerre en humiliant un peuple. Sans perspective d’émancipation, on sème au contraire ainsi les pires germes des guerres à venir et du terrorisme qui un jour ressurgit dans toute son inhumanité criminelle. Le mythe de la libération de peuples opprimés par les chars est mort depuis longtemps à Kaboul et à Bagdad.

Au-delà, ce sont les richesses créées par les peuples du monde entier qui disparaissent dans les champignons de fumées noires qui obscurcissent le ciel derrière chaque missile détruisant des vies, des bâtiments, des quartiers, des infrastructures.

Dans l’économie mondialisée, ce sont les peuples, aux États-Unis, en Israël comme sur le continent européen, qui règlent la note. C’est toujours à eux que l’on demande de se serrer la ceinture, aux travailleurs de travailler plus pour gagner moins et perdre leurs droits sociaux.

Ce ne sont pas nos guerres. Portons partout la conquête de la justice et la paix. Hissons, en haut des mas de l’avenir les drapeaux de la diplomatie pour baisser celui des armes. Portons un combat unitaire pour la dénucléarisation du monde. Au-delà de « cesser le feu » précaire, réclamons un traité pour la paix universelle et un pacte mondial de sécurité humaine global. Empêchons le crépuscule, que prépare partout une cohorte bariolée d’autocrates d’extrême droite.

[…]

Il n’a rien de secret. Netanyahou lui-même a exposé ce projet le 22 septembre 2023 devant la 78e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce jour-là, le Premier ministre israélien brandissait une carte présentant son « nouveau Moyen-Orient ». Gaza et la Cisjordanie y disparaissaient, avalées par Israël, la Palestine n’existait plus. Le Liban, la Syrie, l’Irak et l’Iran étaient placés en périphérie du projet régional, soumis à Tel-Aviv agissant pour l’impérium.

La stratégie des « punitions collectives » et les tentatives de soumission sont déjà à l’œuvre à Gaza où chaque jour le nombre des morts et des blessés à vie vient s’ajouter aux dizaines milliers de disparus et de blessés, où désormais — maillon supplémentaire de la stratégie génocidaire — un prétendu système d’aide alimentaire sert d’appât, comme à la chasse aux animaux, pour organiser des fusillades contre les Palestiniens qui s’y pressent en quête de nourriture et d’eau.

[…] Si le pouvoir iranien, affaibli et ses alliés notamment en Irak, continuait d’attaquer des intérêts américains ou s’ils bloquaient le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce international des hydrocarbures essentiel outil du capitalisme extractiviste, nous rentrions dans une imprévisible escalade mondialisée aux terribles conséquences. 

Les jeux politiciens internationaux sont de lourds dangers à l’heure des prédateurs : Netanyahou est convaincu que son maintien au pouvoir et sa protection contre les tribunaux de son propre pays est indexée à sa capacité à mettre la région en feu.

De Moscou à Washington et à Tel-Aviv, la guerre hors du droit devient système. Rappelons que les guerres préventives n’ont aucune légitimité. Les changements de régime imposés par des puissances extérieures non plus. Pas plus à Téhéran qu’à Kiev. 


La lettre du 29 juin 2025. Patrick Le Hyaric. Source/extraits (lecture libre)


4 réflexions sur “Les prédateurs

  1. bernarddominik 30/06/2025 / 14h25

    Il faut arrêter de se faire des illusions il n’existe pas de droit international. Le seul droit est celui du plus fort. Le droit c’est pour les petits obligés de s’y plier. Les plus forts font ce qu’ils veulent. Et on ne peut rien y faire.

  2. raannemari 30/06/2025 / 19h04

    Bien sûr que si, on peut y faire quelque chose : ne jamais cesser de se battre pour la justice et les droits humains. La seule défaite c’est le renoncement.

    • BERNARD HONORAT 02/07/2025 / 11h13

      Pour quel résultat? Gaza détruite, les colons israéliens font ce qu’ils veulent en Cisjordanie, Israél et Les USA bombardent l’Iran, Poutine bombarde l’Ukraine, le Rwanda occupe l’est du Congo, la Turquie occupe le nord de la Syrie… ils font ce qu’ils veulent.

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