La soif du prédicateur

Indélébile soif du prédicateur qui harangue la foule de harengs à toute heure.
Les poissons se cachent pour vivre leurs joies.
Le reste du temps, on ne sait pas ce qu’ils font.
Ce qu’ils fondent.
Des empires subaquatiques,
Des projets de grands ensembles,
Des petits sauts du ponton,
Des tours de Babel pour voir à la surface,
Des crevasses pour les écrevisses ennemies,
Des crépitements de turpitudes à venir,
Des colères passagères,
Des coudoiements fraternels pour leurs portées multiples, Des bancs pour les bancs qui traversent l’Atlantique sans repos,
Des grenadines pour se désaltérer — pas besoin d’être un enfant,
Des épopées millénaires qu’il faut toujours recommencer,
Des points d’appui pour faire des figures d’acrobates,
Des chaises en plastique qu’on aimerait chasser,
Des chroniques consignées dans le sable.
Un tas de trucs.

Le prédicateur connaissait son discours sur le bout de la langue, il l’avait tant de fois habité. Les harengs étaient limite hagards, abasourdis par tant de projections volontaires et admirables, tant de postillons.
Au fond, ils ressemblent beaucoup aux êtres humains. Surtout pour ce qui concerne les chroniques écrites dans le sable.


Arthur Teboul. Recueil : « Le déversoir ». Éd. Seghers


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