Une princesse jeune en noir tissu
s’est assise ce matin
au bord de mon gris petit nuage
en mon ciel incertain
sans fard et presque bourru.
Elle lisse au rouet de bizarres
cordes de velours
des colliers enchanteurs
haut soutenus
entre ses doigts gracieux
et son sourire si frais à voir.
Elle chante frémissante tout doux
un hymne drapé du plus bel art
de sa voix contre-ténor perchée là,
dite et lumineuse
au-dessus du gouffre.
Je ne peux être sourd
à cette tendre romance qui plaide
si belle étoffe
au début de cet bel attendu jour…
Je l’écoute rêveur,
peu lucide, insouciant.
J’en suinte
et pleus
large ma béatitude.
Mon sang bout
à cette ode d’amour,
à ce refrain chaud,
tout grand et fin
plein jolie phare
d’estimées certitudes.
Cette princesse jeune noire
venue là m’a conquise,
sans retenue,
et j’oserai alors nager nu
jusqu’aux bordures d’or et de fil
de ses seins ronds levés
si haut tenus,
posés ici fiers
à son si attirant menu
mais musclé corps.
Gilles Compagnon. Recueil : « souffleur de vers, poseur de prose ». Éd. J. Flament