Toi qui viens
Donne-moi le sens des choses
La direction des vents
Le nom de ce que je ne connais pas
La couleur de l’espérance
La plénitude de l’amour
Et la présence
Donne-moi ce que tu as
Car je suis ce que je peux.
Toi qui en es à l’aube
Dis-moi la beauté du monde
Je sais la douleur et l’absence
Alors dis-moi ce qui fait chemin
Ce qui rend l’homme meilleur
Ce qui se dresse devant trois
Que tu sois enfance ou vieillesse
Tu as le sens caché de la lumière
Toi qui habites dans un buisson
Dis-moi ce que l’arbre te raconte
Ce que la mer fait de nos solitudes
Et la terre de nos morts
Sais-tu que
La cendre se mêle au sable
Aux eaux usées
Aux pierres creuses
Alors parle.
Toi, que je ne connais pas
Je devine la forme de tes illusions
Que des mains heureuses ont posé sur le temps
Dis-moi la plénitude de l’esprit
Raconte-moi
Ce que deviennent les souvenirs
Épuisé par la nostalgie
On me dit
Un peu de brume rosée sur les fauteuils
Vapeur ou musique du vent dans les arbres
Les souvenirs se reposent dans une grotte
Plus les ans passent plus, nous le cherchons à l’aveugle
Sous la poussière.
Tahar Ben Jelloun. Recueil « douleur et lumière du monde ». Éd. Gallimard