Fantômes de la ville
Soir qui descend sur l’enfant
jouant avec la centenaire,
soir de biches restant près des lierres
au jardin public
quand fraîchissent les fraises
si chaudes dans le jour
qu’elles donnèrent mal de cœur
aux filles à poitrines royales.
Dans la ville aux ardoises craquées
un paysan marche avec un couteau
est-ce que sous une étoile
et le notaire mordant sa lèvre pâle
serre les sangles
de dossiers éclairés par la lune
puis il marche
de long en large sous les oiseaux de plâtre
formant le décor du plafond,
ses pas se font plus larges et pressés
avec le flot de ses pensées
et bientôt il arpente les mains dans le dos nouées
le plancher roux
et s’arrête car il voit sur le char des nuées
venir l’amante de son coeur.
Jean Follain. Recueil « Usage du temps ». Éd. Gallimard