Criez, criez

Criez bien
sinon les paroles se retourneront et se déferont en lettres mortes

Criez fort
sinon le cri même restera dans le gosier étranglé

Criez plus fort encore
sinon personne ne vous entendra et passera ignorant sur le trottoir de votre bouche

Criez de toutes vos forces
elles ne sont plus en mesure de vous faire entendre et comprendre

Criez jusqu’à perdre l’haleine
voyez déjà les autres qui chuchotent à peine, à peine,

Criez pour vous rouler par terre,
elle aura du mal à vous recueillir

Criez afin que des maisons immenses on vous réponde avec peur, avec peur ABSENT ABSENT,

Criez jusqu’à la fin de votre cri, vous n’en pourriez plus, alors maintenant, maintenant, pendant que le temps est encore aux écoutes minimales,

Criez
criez malgré vous

CRIEZ 
vous voyez, vous éclatez de rage convulsionnaire

… vite vite LE HAUT MAL ne saura plus crier.
LA FIN ne voudra plus crier


« Paroxysmes »


Ce cri, c’est celui de l’existence, c’est celui du nouveau-né qui vient au monde, c’est celui de l’enfant qui fait face à l’abandon, aux injustices, c’est celui de l’homme qui combat la solitude et la détresse, c’est celui du vieillard qui quitte la partie, et enfin celui du poète qui écrit au nom des exclus, de tous ceux qui se sentent étrangers au monde.


Paul Vallet. « Paroxysme ». Recueil : « Être fou plutôt qu’à genoux ». Éd. Les Belles Lettres


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