Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis et son rapprochement avec Vladimir Poutine, les responsables du RN semblent être face à une certaine difficulté.
- D’un côté, ils portent un regard bienveillant sur l’arrivée au pouvoir du président américain, devenu une sorte de leader mondial des populistes.
- De l’autre, son action sur l’Ukraine, encore plus depuis l’humiliation de Volodymyr Zelensky dans le bureau oval, place Donald Trump au centre des critiques.
Une altercation que Marine Le Pen a semblé minimiser. Depuis, elle a pris légèrement ses distances dans Le Figaro, mais pas sur le fond. « Il est très critiquable de ne pas laisser un délai raisonnable à l’Ukraine pour se retourner », estime la responsable du RN. « C’est très cruel pour les soldats ukrainiens engagés dans une défense patriotique de leur pays », ajoute Marine Le Pen.
Mais on voit l’attirance du parti d’extrême droite pour le président américain.
En février, Marine Le Pen a assisté à un rassemblement pro Trump à Madrid, suivie par Jordan Bardella à la conférence de Washington, qu’il a quitté après le geste nazi de Steve Bannon. Le RN semble vaciller, laissant une impression de flou.
Le vice-président du RN, Sébastien Chenu, souffle ainsi le chaud et le froid. S’il a salué, mercredi sur Sud Radio, en Donald Trump un président « pragmatique », qui « veut que les choses bougent, avancent », il pointe en même temps un « président très contestable », critiquant son « côté brutal ».
Le sujet embarrasse plusieurs acteurs politiques qui ne peuvent accorder entièrement de raisons à Donald Trump, Vladimir Poutine ou Volodymyr Zelenski. Cela explique la rareté des déclarations de Marine Le Pen, qui, selon Jean-Yves Camus, préfère se taire dans une situation aussi délicate.
« Quand on est dans une trajectoire de normalisation, il est très difficile de passer pour un disciple de Poutine et Trump réunis. Et ça ne vaut peut-être pas le coup, vu le peu d’appétit des Français pour les sujets internationaux, de se griller, en jouant cette carte-là », ajoute Jean-Yves Camus.
Pour le politologue Pascal Perrineau, « le RN se retrouve dans une position assez ambiguë, car ils sont en partie assez proches des positions russes. C’est très difficile d’assumer de façon explicite. En termes d’opinion, ça ne passe pas, dans la mesure où le soutien à l’Ukraine est extrêmement majoritaire dans l’électorat, à commencer par le leur ». Bref, « ils ne sont pas à l’aise ». Il ajoute : « Ils sont en train d’essayer de marier la carpe et le lapin, ménager la chèvre et le chou, mais ils ont un gros problème de clarté, surtout par rapport à leur message de patriotisme. On voit qu’il a certaines limites. Le patriotisme ukrainien, ils s’assoient dessus… »
Autre difficulté : leur positionnement historique anti européen se confronte, là encore, à la réalité du moment. « Comme tout l’enjeu se déplace sur l’Europe de la défense, car les États-Unis nous lâchent, leur position eurosceptique rentre complètement en contradiction avec cela. Ils sont vent debout contre l’Europe de la défense », relève Pascal Perrineau.
Jean-Yves Camus note une autre difficulté, par rapport à Trump, avec sa volonté de coupes budgétaires massives. « Le RN est pris à son propre piège, car il est d’un côté favorable aux coupes budgétaires. Jordan Bardella le répète souvent, il dit qu’il y a trop de normes, de comités, qu’il faut être plus strict sur les aides sociales. Mais en même temps, nous sommes en France, avec un modèle social établi depuis 1945 avec une tradition d’intervention de l’État. Mais au RN, on distingue le fait qu’il faille faire des coupes et le fait de passer à la tronçonneuse le budget pour décapiter l’État. Ça, Marine Le Pen est évidemment contre. La tronçonneuse, ce n’est pas son truc. Car la classe populaire et moyenne ont besoin en partie de l’intervention de l’État. Et ils se réclament du gaullisme. Donc là, ça recèle aussi d’une erreur d’analyse de la part du RN. Il ne fallait pas être aussi enthousiasmé par rapport à Trump, car il était très clair, que contrairement à sa campagne de 2016, il allait cette fois-ci décapiter l’État, par le biais d’Elon Musk », analyse le spécialiste de l’extrême droite.
D’après un article de François Vignal. Public-Sénat. Source (Extraits – Lecture libre)
Je pense qu’il est un peu tôt pour juger sereinement de la situation. Trump veut il réellement la paix en Ukraine ? Quelle concessions à t il fait à Poutine?