Trump veut « happer » le Groenland !
Pour Trump : le Groenland sera américain « d’une façon ou d’une autre ». Une déclaration qui fleure bon l’époque des empires. Mais alors, ça marche comment, le rachat d’un territoire souverain par une puissance étrangère ? Éclairage de l’économiste Alexandre Delaigue.
CHARLIE HEBDO : La déclaration de Donald Trump, qui maintient que le Groenland doit devenir américain, rappelle l’époque où les États se vendaient et s’achetaient des territoires, comme La Louisiane par exemple.
Alexandre Delaigue : C’est vrai, ce type de transactions est typique de l’époque coloniale du XIXe siècle, une période marquée à la fois par l’essor du capitalisme et par l’expansion des grands empires coloniaux, dans un contexte de circulation massive des richesses. Aux États-Unis, l’acquisition des terres s’est faite par une série d’achats successifs : la Floride à l’Espagne, puis la Californie, le Nouveau-Mexique et d’autres territoires de l’Ouest au Mexique.
L’achat de l’Alaska à la Russie, en 1867, s’inscrit dans cette même logique. Ce siècle a ainsi vu la concentration d’un double mouvement : le développement du capitalisme et la consolidation des territoires étatiques sous l’autorité de puissances impérialistes, dans une logique où la terre n’était pas seulement un espace, mais une marchandise négociable appartenant au souverain.
Que devenaient les habitants, alors ?
Ils n’avaient pas leur mot à dire. Il faut bien comprendre que, à cette époque, une hiérarchie raciale s’imposait dans les décisions politiques : les négociations se faisaient entre Européens.
Prenons l’exemple de la Louisiane qui, en ce temps-là, regroupait les vastes territoires qui s’étendent du bassin du Mississippi jusqu’à la région des Grands Lacs et à l’actuel Canada : ils faisaient partie de l’Empire français.
L’autorité de l’État y était lointaine, le pouvoir central, distant. Ainsi, pour un habitant vivant sur place, le passage d’un souverain à un autre, à la suite d’une transaction, ne représentait parfois qu’un changement mineur dans son quotidien.
Si Trump veut le Groenland, peut-il l’acheter ?
Les choses ne fonctionnent plus comme ça aujourd’hui. À partir du XIXe siècle, deux grandes idées s’imposent dans les relations internationales : le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’intangibilité des frontières.
Pour que les États-Unis puissent envisager une telle acquisition, encore faudrait-il que les Groenlandais eux-mêmes souhaitent devenir américains, ce qui n’est pas le cas. Le Groenland bénéficie déjà d’un droit à l’autodétermination, hérité d’une époque coloniale révolue.
Le Danemark, conscient que son rôle de puissance coloniale appartient au passé, a progressivement ouvert la voie à cette indépendance. Le Groenland dispose donc d’une autonomie croissante et, à terme, l’indépendance pourrait devenir une réalité.
Si les États-Unis voulaient réellement intégrer le territoire, ils pourraient chercher à « acheter » non pas la terre, mais l’adhésion de ses habitants. Une stratégie consisterait à proposer des compensations financières aux Groenlandais, à l’image du système en vigueur en Alaska, où les citoyens reçoivent une part des revenus pétroliers.
Un problème majeur subsisterait : la protection sociale. Entre le modèle danois, qui garantit un accès étendu aux soins et à la Sécurité sociale, et le système américain, bien plus inégalitaire, le choix est vite fait. Les Groenlandais n’ont aucun intérêt à renoncer aux avantages sociaux danois pour un modèle bien plus incertain.
Propos recueillis par Jean-Loup Adénor. Charlie Hebdo. 12/03/2025
Pour le moment, seules quelques grosses fortunes pourraient se payer quelques micros états. Cependant, n’en doutons pas, devant la pauvreté de certains pays, notamment en Afrique, en Asie et même en Amérique du Sud, ce pourrait être le cas demain.
Dans un monde dans lequel les inégalités économiques se creusent, l’opportunité pour les plus riches d’investir dans de tels territoires se profile comme une réalité inquiétante.
Cette situation pourrait conduire à un risque certain de domination féodale, où ces fortunes, en s’érigeant en souverains de leurs propres enclaves, se soustrairaient à la réglementation et aux lois de leur pays d’origine.
De plus, ces micros états pourraient devenir des refuges pour les super-riches, créant des zones de richesse extrême au sein d’un océan de pauvreté. Il devient alors crucial d’évaluer les conséquences sociales et éthiques d’une telle évolution.
MC
Si les USA envahissent le Groenland, le Danemark pourra invoquer l’article 5 du traité de l’OTAN qui impose à ses membres de secourir l’état agressé. Donc l’OTAN s’opposera t il aux USA?