Peter Thiel, Investisseur et cofondateur des sociétés PayPal et Palantir, est un fervent adversaire de la démocratie.
Retour sur six points emblématiques de sa pensée
L’avenir exige des idées nouvelles et étranges ». C’est par ces mots que Peter Thiel a accueilli la victoire de Donald Trump, candidat qu’il a soutenu dès 2016, quand la Silicon Valley se bouchait encore le nez. Ce capital-risqueur, qui a fait fortune en investissant dans Facebook et en cofondant PayPal, est moins connu du grand public que son ami Elon Musk. Il est pourtant l’un des personnages les plus influents auprès de la nouvelle administration. […]
- LA MÉLANCOLIE DES GRANDS PROJETS
En 2014, à la sortie de son livre « De zéro à un », Peter Thiel était invité à discuter avec l’anthropologue David Graeber. En apparence, rien ne rapproche les deux hommes. L’un est un capital-risqueur amoureux du capitalisme, l’autre est un anarchiste inspirateur d’Occupy Wall Street. Et pourtant, ils s’entendent sur une chose : le monde stagne. C’est l’un des aspects les plus étonnants du discours de Thiel, qui habite pourtant ce qui est considéré comme le cœur palpitant de l’innovation mondiale, la Silicon Valley.
Pour Thiel, l’Occident a perdu son élan vital depuis longtemps, après une période d’innovation intense dans l’après-guerre. Actuellement, nous ne faisons que redistribuer les avancées passées sans véritablement innover. Thiel évoque que, malgré les révolutions numériques, d’autres domaines sont restés stagnants, contrastant avec les promesses d’innovations futures comme les voitures volantes.
La perte de l’esprit de conquête serait due à plusieurs facteurs selon Thiel, notamment la « féminisation de la société », le pouvoir accru des bureaucrates et la peur du progrès, particulièrement liée à l’histoire du nucléaire, qui a freiné l’expansion humaine.
Thiel critique les scientifiques prudents sur le climat, disant que pour résoudre les problèmes environnementaux, il faut accélérer l’innovation, avec des « réacteurs à fusion » et de meilleures défenses contre les missiles.
2. LA DISPARITION DES GRANDS HOMMES
Dans l’esprit de Thiel, l’histoire est perçue comme un tableau à double entrée, opposant l’optimisme et le pessimisme, ainsi que le défini et l’indéfini. Les Européens sont définis comme pessimistes indéfinis, réagissant aux événements sans planification, tandis que le gouvernement chinois adopte un pessimisme défini pour éviter une révolte. Les Américains, optimistes invétérés, planifient principalement lors de leurs périodes favorables.
Selon lui, notre monde a besoin de leaders déterminés, et il pense que les milliardaires attribuent souvent leur succès à la chance, bien qu’ils se considèrent influencés par les « Lumières obscures ».
Curtis Yarvin critique la démocratie, qu’il juge « faible », remet en cause l’hégémonie culturelle des libéraux démocrates, et soutient l’idée de l’émergence de « monarques PDG ».
Chez Thiel, valoriser les visionnaires signifie défendre les monopoles, car « le capitalisme et la compétition […] sont presque incompatibles ». Il dit que la « possibilité d’acquérir des monopoles » est « l’une des incitations à l’innovation les plus puissantes », comme il l’a expliqué en 2014 avec le philosophe Pierre Manent, ce qui pourrait choquer un économiste libéral.
Thiel décrit un génie blanc, occidental et masculin, nostalgique d’un temps où ce groupe se croyait central dans l’Univers. En 1995, il coécrit « The Diversity Myth », critiquant le politiquement correct à Stanford et annonçant des plaintes anti-woke. Bien qu’ayant grandi sous l’apartheid, il minimise le racisme et les violences sexuelles, affirmant que chercher trop de racisme crée des perceptions biaisées.
3. L’AGONIE LENTE DE L’ANCIEN RÉGIME
Début janvier, Peter Thiel a publié une tribune dans le « Financial Times », évoquant le retour de Trump comme un préfigurateur d’une révélation des secrets de l’Ancien Régime, influencé par le livre « The Sovereign Individual », qui prédit la dissolution de l’État à l’ère numérique.
Selon Thiel, le libéralisme classique est en déclin tant sur le plan politique que philosophique. Influencé par des penseurs conservateurs comme Leo Strauss et Carl Schmitt, Thiel est critique envers notre modernité. « Pour lui et ses amis, les Lumières ont échoué. Elles ont cherché à réduire la violence par le dialogue et la raison, mais la violence persiste. La démocratie est accusée de ne pas pouvoir la contrôler », explique Catherine Malabou. Thiel, élève de René Girard à Stanford, pense que la violence n’est pas réduite par le « contrat social » défendu par la philosophie libérale, mais plutôt par le sacrifice d’une victime expiatoire. La guerre « de tous contre tous » doit évoluer vers une guerre « de tous contre un ». Ce sacrifice est mis en avant dans les rituels, et le Christ vient révéler la violence mimétique.
Thiel, toujours pessimiste, considère que le wokisme déforme la tradition judéo-chrétienne et représente une idéologie dangereuse qui pourrait mener à un gouvernement mondial dirigé par des « athées communistes ». […]
4. SORTIR DE LA POLITIQUE
J’appartiens à la tradition libertarienne, qui pense que l’État devient trop puissant. Cela rappelle Ayn Rand, une romancière-philosophe vénérée aux États-Unis. Dans ses œuvres, des génies luttent contre une bureaucratie sournoise et des pirates récupèrent l’argent pris injustement aux riches. Pour échapper à la médiocrité et à une démocratie qu’il considère corrompue par l’aide sociale et le vote des femmes, Thiel veut créer des zones exemptes d’État : l’espace, les cryptomonnaies qu’il voit comme libertariennes, et les îles offshore.
Selon l’économiste Bernard Perret, Thiel pense que l’État et la démocratie nuisent à la liberté, et que la technologie peut nous libérer de la politique. Dans un texte de 2009, Thiel a dit qu’il ne croit plus que la liberté et la démocratie soient compatibles. Selon l’historienne Maya Kandel, pour ces « teck bros », la liberté est réservée aux plus puissants, ceux qu’ils estiment capables de changer le monde.
5. ACCÉLÉRER LA TECHNIQUE
Peter Thiel ne se contente pas d’attendre le retour du Christ. Il pense que nous pouvons « contribuer au processus eschatologique » et accélérer ce retour. Pour cela, il veut que l’on réfléchisse à des questions importantes que la modernité a laissées de côté, comme la nature de l’homme et notre contrôle sur la nature. Par exemple, il nous encourage à lutter contre la mort et à rechercher le secret d’une vie plus longue, voire éternelle. Thiel investit dans des entreprises de biotechnologie qui travaillent sur le vieillissement et prévoit de se faire cryogéniser. […]
Dans son interprétation de la Bible, Thiel dit que « dans la tradition biblique, les hommes n’étaient pas destinés à mourir ». La mort est liée à un « monde déchu », et chercher l’immortalité est, selon lui, une manière d’apporter le paradis. Ainsi, le transhumanisme et le christianisme peuvent coexister.
6. DOMINER LE MONDE
Peter Thiel est un immense fan du « Seigneur des anneaux ». Ses entreprises – Palantir, Mithril, etc. – sont nommées d’après un lexique emprunté au roman de Tolkien. La trilogie rassemble tous les grands thèmes qui le traversent : le pouvoir qui corrompt, un conflit cosmique entre le bien et le mal, la possibilité de l’immortalité. Il a plusieurs fois dit vouloir devenir elfe.
De quoi inquiéter Olivier Alexandre : « Si lui se voit comme un elfe, comment voit-il le reste du monde ? Comme des espèces inférieures, physiquement ou moralement, qu’il s’agit de dominer ou qui vont disparaître. Sa vision du monde repose sur un principe de différenciation verticale : inférieur ou supérieur. Si vous ne faites pas partie des êtres supérieurs, vous ne ferez pas partie de son monde, celui de la croissance, de l’accès aux ressources, aux connaissances, voire à l’immortalité et surtout à la suprématie. » […]
D’après un article signé de Julie Clarini et Remi Noyon. Le nouvel Obs N° 3151. 13/02/2025
Nous ne pouvons que vous conseillez de vous procurer l’intégralité de l’article paru dans le Nouvel Obs, du 13 février 2025. Il clarifie les divers courants de pensés, véhiculé autour du président Donald Trump. MC
L’écoute de France culture et d’ autres médias peut se révéler interessante sans exclusive :
France culture le 24 novembre 2024 -le phénommène Andrew Tate : manospohère, virilité, sociopathie.
Le Média le 8 février 2025 les gourous de la Silicon Valley
Blast le 9 février 2023 L;entrepreneur de la Silicin Valley, veau d’or du libéralisme.
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