C’est moche, de copier !

On le sait depuis longtemps, la droite extrême et l’extrême droite mènent une guerre idéologique coordonnée avec méthode. Mais ces derniers temps, la mécanique tourne de manière si prévisible que ça en est presque risible. Il suffit qu’Elon Musk ou Donald Trump fassent un geste aux Etats-Unis pour que leurs thuriféraires français (que l’on pensait avoir davantage le goût de l’indépendance) le reproduisent quasiment à l’identique.

Contre l’aide au développement

Aux États-Unis, l’agence USAID, qui organise l’aide internationale, a été critiquée par Elon Musk, qui l’a décrite comme un « nid de vipères de marxistes radicaux ». L’administration Maga ne reconnaît pas que le soutien aux pays pauvres peut également renforcer le soft power américain.

En France, « le Journal du dimanche » s’est moqué des milliards d’euros destinés à l’aide aux pays étrangers, critiquant certaines subventions jugées absurdement inutiles. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé la création d’une commission pour évaluer cette aide publique au développement.

Contre les « agences »

C’est le grand thème de l’offensive trumpienne : l’action présidentielle est bloquée par la bureaucratie, et la multiplication des agences indépendantes freine l’économie américaine. On pourrait discuter du prétendu libertarianisme des géants de la tech comme Musk et Thiel, qui dépendent en réalité de l’État fédéral (via les contrats pour Palantir, SpaceX, etc.), ainsi que des liens entre bureaucratie et capitalisme (comme le montre le livre de David Graeber « Bureaucratie »), mais peu importe.

En France, les agences écologiques, comme l’Office français de la Biodiversité, l’Ademe et l’Agence Bio, sont attaquées par des figures politiques, dont François Bayrou, malgré leurs missions de protection de l’environnement. Sarah Knafo critique également France Travail, suggérant qu’un algorithme pourrait mieux aider les chômeurs.

Contre les fonctionnaires

Javier Milei, en utilisant une tronçonneuse comme symbole de son attaque contre l’État argentin, a inspiré Elon Musk, qui dirige une commission pour réduire les dépenses publiques aux États-Unis. Musk a fait une apparition à la conférence des conservateurs, semblant parodier le film « Idiocracy », en incitant des agents fédéraux à quitter leurs postes, tandis que Russell Vought avait promis de « traumatiser les bureaucrates ».

En France, la droite utilise une rhétorique de la terreur. L’ex-ministre Guillaume Kasbarian a promis de consulter Musk sur « les meilleures pratiques pour lutter contre la bureaucratie ». Valérie Pécresse, présidente LR de la région Ile-de-France, souhaite une attaque « à la hache » contre les services de l’État. Eric Ciotti, président de l’Union des Droites pour la République, utilise des tronçonneuses sur ses affiches et a posé avec l’objet le 21 janvier lors du « Forum des libertés ».

Contre les médias de référence et « le Monde » en particulier

Trump, qui voit les grands médias américains comme des adversaires, cherche à les discréditer et complique leur travail, même à la Maison-Blanche, où il humilie parfois les journalistes. Le « New York Times », en tant que premier journal américain, est une cible privilégiée.

Le journal « le Monde » subit des attaques similaires à celles dirigées contre « le Nouvel Obs », avec des critiques de sa couverture prétendument pro-palestinienne, comme en témoigne une enquête du « Figaro » et la une de « Valeurs actuelles » intitulée « La fin du “Monde” ». Ce dernier reprend les arguments du « Figaro » sur le traitement d’Israël et de Gaza, en ajoutant des témoignages d’hommes d’affaires et de personnalités politiques pour affirmer que « le Monde » a perdu son statut de référence.

Contre la supposée « censure » et l’Arcom

La « liberté d’expression » est un fondement du trumpisme, opposée au « politiquement correct » et utilisée pour s’opposer à la régulation des médias et du contenu sur Internet. Le vice-président J. D. Vance a critiqué l’Union européenne pour imposer une « censure » sous prétexte de combattre la désinformation.

Le texte traite de la réaction des opposants à la fermeture de la chaîne C8 en France, qui appartient à Vincent Bolloré et où travaille Cyril Hanouna. L’Arcom fait face à des accusations de censure et de manque d’indépendance, illustrées par les déclarations de Franz-Olivier Giesbert et Marine Le Pen. Le média d’extrême droite Frontières critique également l’Arcom, qualifiant la décision de dérive autoritaire. Cette situation rappelle les discours de Trump sur la régulation du débat public.

Contre les étrangers

Aux États-Unis, Donald Trump utilise un langage fasciste pour s’en prendre aux immigrés, tandis qu’en France, l’extrême droite influence des figures politiques comme François Bayrou avec des termes comme « submersion ». Des médias comme « Valeurs actuelles » et « le Journal du dimanche » exploitent ces notions, manipulant les chiffres de l’immigration pour créer une impression de crise, malgré des données ne corroborant pas cette idée.

Contre Wikipédia

En janvier, Elon Musk a appelé au boycott de Wikipédia, la qualifiant d’« outil de propagande », après que l’encyclopédie ait été accusée de présenter son bras tendu comme un « salut nazi ». Depuis, Wikipédia est sous le feu des critiques, en particulier après une offensive lancée par l’hebdomadaire « le Point », qui l’a qualifiée de « machine à calomnier ». Cette critique s’est intensifiée avec des articles et une pétition signée par 80 personnalités, dont des anciens ministres et des écrivains, qui souhaitent réorienter le projet encyclopédique. Les critiques évoquent une détestation des personnalités médiatiques face à une plateforme indépendante et bénévole, cherchant à unir une opposition plus large à Wikipédia.

Contre les juges

Empêtré dans des affaires judiciaires, Donald Trump critique la « politisation » des juges. Son vice-président menace de s’attaquer au pouvoir judiciaire. L’idée est que le président représente une volonté populaire mythique, source de légitimité. Cette remise en question de l’équilibre des pouvoirs se voit aussi en France, où le Conseil constitutionnel est accusé d’entraver la législation, notamment en annulant certains aspects de la loi sur l’immigration. La nomination de figures proches d’Emmanuel Macron, comme Richard Ferrand, n’arrange pas la situation. Le populisme anti-juges se manifeste également chez Gérald Darmanin, qui a déclaré qu’« il serait choquant que Marine Le Pen soit jugée inéligible », suggérant que certains leaders sont au-dessus des lois tant qu’ils sont soutenus par les électeurs…


Synthèse d’un texte écrit par Xavier de La Porte, Julie Clarini et Rémi Noyon. Nouvel Obs. Source (En vous invitant à lire l’hebdomadaire)


Une réflexion sur “C’est moche, de copier !

  1. bernarddominik 28/02/2025 / 13h18

    Le problème avec les agences c’est leur multiplication avec des compétences qui se recoupent et doublonnent souvent. A tel point qu’on peu penser qu’elles ont été créées pour fournir des postes bien payés à des politiciens au rebut. Le second problème est leur coût de fonctionnement qui parfois excède les fonds qu’elles sont sensées distribuer. Voitures de fonction, voyages de vacances, pardon d’étude, frais de taxi… un coût souvent injustifié.

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