Va…
… mouvement-songe !
Un petit enfant pouvait séparer le roncier du reste de la forêt.
Il chevauchait le roncier qui allait l’amble et longs crins-griffes et ensemble, ils s’engageaient lentement dans la combe où de toute éternité ruisselait une eau massive et drue depuis la falaise des arbres.
Les arbres laissaient faire c’étaient des gens qui avaient refusé la vitesse autrefois et se tenaient par le bout des racines sur une aire plus large que la forêt et de haut en bas et de toute direction ne formaient qu’un seul être.
Quand sans aucune manifestation vocale le petit enfant faisait demi-tour tenant la fibre de pluie végétale qui me reliait à lui, je mettais un marque-page à cet endroit avec le mot VA encré aux sucs — un autre utiliserait des petits cailloux blancs -. Je délaçais une chaussure puis l’autre j’entrais en glissant sur les feuilles, j’entrais dans le matin-pluie, c’était l’une des cent façons d’être mangée par la forêt, c’était un bon accueil.
Les ronces continuaient de s’accrocher entre elles et formaient un cheval à l’enfant lui-même caparaçonné d’une parure corporelle extraordinaire faite de mousses et de lichens et piquée de brindilles, parure qui n’était d’aucune façon un accoutrement, mais l’épiderme soyeux et buissonneux et fugacement mobile de l’enfant symbiotique.
Le matin-pluie durait toute une saison, c’était l’éternité d’un matin entre deux crêtes une falaise de pluie une falaise de forêt qui donnait la vie, on ressortait lié et le petit enfant pouvait enfiler ma chaussure puis l’autre, je sentais les mousses à pleins poumons mes poumons moussaient et l’enfant se redressait le cheval restait au roncier l’enfant avançait et même si le temps change regarde comme il va.
Sandrine Cnudde