Une journaliste de Disclose convoquée en vue d’une mise en examen
Le média indépendant Disclose a annoncé le 3 décembre 2024 que l’une de ses journalistes, Ariane Lavrilleux, était convoquée le 17 janvier 2025 devant le tribunal de Paris. Elle risque une mise en examen pour « appropriation et divulgation d’un secret de la défense nationale ». Elle encourt une peine de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.
Elle avait contribué en novembre 2021, aux côtés de trois autres journalistes, « à la révélation par Disclose d’informations d’intérêt général sur une opération militaire secrète de la France en Égypte, baptisée opération Sirli », rappelle le média dans un communiqué. Cette opération a conduit à l’exécution arbitraire de centaines de civils égyptiens, le tout sur fond de vente d’armes.
- Téléphone géolocalisé, comptes bancaires épluchés
En septembre 2023, Ariane Lavrilleux avait été placée en garde à vue pendant 39 heures, son domicile avait été perquisitionné par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), « un service d’ordinaire mobilisé dans la lutte contre le terrorisme et le contre-espionnage », rappelle Disclose. Selon les éléments de l’enquête judiciaire, la journaliste a été surveillée lors de ses déplacements professionnels et privés ; son téléphone portable a été géolocalisé en temps réel ; ses comptes bancaires épluchés ; etc. La DGSI aurait aussi surveillé les bureaux de la rédaction, écrit Disclose.
- « Grave atteinte au secret des sources »
Celui-ci condamne « avec la plus grande fermeté » le détournement des moyens attribués à la lutte antiterroriste. « Cette opération de surveillance représente non seulement une grave atteinte au secret des sources des journalistes, « pierre angulaire de la liberté de la presse », selon la Cour européenne des droits de l’Homme, mais aussi une violation de la vie privée de notre consœur. »
Rappel des faits
- La journaliste de Disclose libérée au terme de 39 heures de garde à vue
Ariane Lavrilleux est ressortie libre. Après une garde à vue qui aura duré 39 heures, la journaliste de Disclose et co-autrice d’une série d’enquêtes sur les ventes d’armes de la France à l’étranger, a quitté l’hôtel de police de Marseille peu après 21 heures. Elle y était entendue par les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), dans le cadre d’une enquête pour compromission du secret de la défense nationale et révélation d’information pouvant conduire à identifier un agent protégé. Cette enquête, ouverte en juillet 2022, a conduit les services de renseignement intérieur à perquisitionner son domicile, mardi 19 septembre 2023, pendant dix heures, en présence d’une juge d’instruction.
L’objectif de ce nouvel épisode d’intimidation inadmissible à l’égard des journalistes de Disclose est clair : identifier nos sources ayant permis de révéler l’opération militaire Sirli, en Égypte. En novembre 2021, Disclose s’appuyait sur plusieurs centaines de documents « confidentiel-défense » pour documenter une campagne d’exécutions arbitraires orchestrée par la dictature égyptienne du maréchal Al-Sissi, avec la complicité de l’Etat Français
C’est un sujet délicat. Les ventes d’armes permettent de financer nos déficits commerciaux. Or dans ce domaine rompre le secret c’est perdre la confiance du client. C’est un secret de polichinelle que les armes servent à tuer. C’est certes immoral, mais où est la morale sur cette terre?