Il avait choisi ses ministres pour l’énormité de leur sexe et non pour leurs compétences. Héliogabale a régné sur l’Empire romain, sous le nom de Marcus Aurelius Antoninus, de 218 à 222 après Jésus-Christ, soit entre ses 14 et ses 18 ans. Il fut l’empereur de toutes les transgressions, de toutes les outrances.
Son surnom lui venait d’avoir été intronisé à 4 ans grand prêtre du Soleil.
Héliogabale était né à Émèse, en Syrie, où l’on célébrait le culte du Soleil mâle, Élagabal, même pendant l’occupation romaine.
Dans cette région, des phallus de pierre de 50 m de hauteur avaient été érigés. De là-haut, les prêtres pouvaient converser plus facilement avec leur divinité.
Pour venir célébrer son sacre à Rome, le jeune Héliogabale avait traversé la Turquie, la Grèce et les Balkans avec sa cour, dans une longue marche ponctuée de fêtes bachiques et phalliques : dans la caravane, le plus grand char portait un phallus de 10 tonnes, recouvert d’or, brillant sous un immense parasol, tiré par 300 taureaux. Lors des étapes, on redressait le grand phallus avec des cordes, et la troupe dansait autour du membre géant pointé vers le ciel.
Aujourd’hui, Elon Musk ne fait pas autre chose avec ses fusées. Haut de 120 m, Starship est le plus grand lanceur jamais construit. Un énorme chibre affichant 5000 tonnes au décollage. Musk surnomme ce joujou très écologique sa BFR, pour Big Fucking Rocket
(« putain de grosse fusée»), et compte dessus pour rejoindre Mars : le grand prêtre des bagnoles et de l’argent se rêve en empereur interplanétaire.
Le cas Elon Musk reste à écrire.
Antonin Artaud a commencé le travail : dans Héliogabale ou l’Anarchiste couronné, la vie de l’empereur dépravé devient un formidable cas clinique qui éclaire le délire géopolitique actuel.
Publié en 1934, ce livre envoûtant nous parle d’aujourd’hui. L’enjeu de la guerre civile larvée aux États-Unis porte en effet sur le virilisme, soit le refus de la castration. Elle est menée par Trump et financée par Musk, le milliardaire monté sur ressorts que l’on a vu sauter en l’air à côté du mort-vivant de 78 ans.
Le seul sujet de fond abordé pendant cette campagne a peut-être été l’avortement : dans un discours de soutien à Kamala Harris, Michelle Obama s’est adressée à tous les électeurs hommes, en leur expliquant que le droit à l’avortement concerne le contrôle des femmes sur leur corps, dans lequel le gouvernement ne doit pas s’immiscer.
Mais des hommes comme Trump et Musk veulent tout contrôler, y compris le corps des femmes, et de toutes les manières possibles. Qu’elles aient un peu plus pris la parole depuis #MeToo tes rend toujours plus agressifs. Plus il est condamné pour des violences sexuelles, plus Trump fascine ses partisans, qui rêvent juste de pouvoir faire comme lui, s’enrichir et violer impunément. Ils incarnent le rêve de domination préhistorique. Au soir du 11 septembre 2001, Trump avait déclaré que c’était lui qui avait désormais la plus haute tour à New York.
Le vrai vainqueur de l’élection américaine est là pour longtemps : Elon Musk est jeune, et il a saisi cette occasion pour propager sa rhétorique christique transhumaniste, qui peut se résumer par le refus de toute limite. C’est un slogan très vendeur.
Alors, plutôt que d’écouter les infos sur notre monde qui s’effondre, je vais relire la pièce de Jean Genet consacrée aux dernières heures d’Héliogabale, avant son assassinat pendant une émeute qu’il avait lui-même déclenchée (1)
Yann Diener. Charlie Hebdo. 13/11/2024
1. Héliogabale, drame en quatre actes, de Jean Genet (éd. Gallimard).
J’hésite encore : Trump lui-même n’est-il pas une sorte d’Heliogabale ? On redoute César, et on tombe déjà sur Romulus-Augustule. Comme toujours, la roche et le capitole… etc. tout s’accélère.
Merci Ivan pour ce commentaire.
Envisager l’avenir en politique (comme en autre chose), n’est pas certitude, tant de chose se passent chaque jour.
Michel