À tous les oubliés

Parfois lapetitegens est écrabouillée par le pied d’un passant, personne ne remarque le crime à cause des bruits assourdissants de la ville, tout se met en accordéon, ses guiboles et son élan, et les insectes lui rendent visite en petites colonies, elle aime bien le chatouillis des fourmis qui transportent de lourdes montagnes, elle se recroqueville momentanément puis reprend son souffle, relève la tête, remet ses guiboles à l’endroit, quelque chose de fort est en train de monter en elle, quelque chose de puissant, tout un programme verdoyant, rougeoyant, la révolte des petites gens.

On en a marre de lapetitegens, on prépare un bûcher, on veut la choper, on dit y en a plus que marre ! on ne veut plus jouer, on ne veut plus lui courir après, lapetitegens entend les plaintes, elle entend les cris et la horde qui se rapproche, elle ne se laissera pas attraper, pourtant chacun y va avec son filet à papillons, parcourant de long en large la place où les flammes grandissent, le vent fait tourner les têtes, c’est la course, les guiboles de lapetitegens galopent, c’est drôle tout ce tintouin, autant d’agitation, la foule galvanisée crie plus fort, à mort ! parfois un insecte entre dans le filet à papillons, une sauterelle ou un moustique, les uns et les autres se montrent leur maigre butin, c’est trop peu, on jette la menue monnaie dans l’ardeur du feu et l’on se rassérène en écoutant les légers crépitements.


Isabelle Pinçon. Recueil « Lapetitegens ». Éd. Cheyne.


Aux reçus de commentaires : en sous-titre « Lapetitegens » c’est toi, moi, ton voisin, ton ami… enfin tout le monde. Isabelle Pinçon utilise une identification impersonnelle et tous ces textes ne sont qu’allégorie, à chacun de traduire dans les faits quotidiens. MC


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