Le 5 novembre 2024, l’Amérique saura si elle élit, avec Kamala Harris, la première femme présidente de son histoire ou si elle s’offre un second tour de train fantôme avec Donald Trump.
Dans la Silicon Valley, on scrutera les résultats avec attention.
Longtemps, bastion démocrate. Barack Obama y raflait tous les suffrages puis en 2016, Hillary Clinton recevait soixante fois plus de dons des salariés de Google ou d’Apple que son rival républicain laissant présager une victoire dans ce coin US, mais contre toute attente, Trump l’a emporté… Depuis, le rapport de force a sensiblement changé.
Elon Musk, après avoir misé sur le gouverneur « anti-woke » de Floride Ron DeSantis, le milliardaire a assuré Trump de son soutien « total » au mois de juillet 2024, avec un sens certain du timing : une heure après la tentative d’assassinat de l’ancien président, il a promis de donner 45 millions de dollars par mois à un comité d’action politique pro-Trump. Ces groupes de soutien n’ont pas le droit de financer directement un candidat mais peuvent dépenser à loisir afin d’accompagner sa conquête du pouvoir. Un appui crucial.
Musk n’a pas non plus hésité à mettre sa plateforme au service du candidat républicain, lors d’une interview erratique sur X, mi-août, au cours de laquelle les deux hommes ont pu malaxer leurs obsessions, de l’immigration illégale à la détestation de l’Union européenne. Deux heures de logorrhée suivies par plus d’un million de personnes.
Début septembre, Trump a renvoyé l’ascenseur à son hôte, en déclarant qu’en cas de victoire il le placerait à la tête d’une « commission de l’efficacité gouvernementale », chargée de réaliser un audit financier de l’administration et de formuler « des recommandations pour des réformes drastiques ».
Musk est loin d’être le seul à avoir fait son coming out trumpiste. Son bras droit David Sacks, membre comme lui de la « mafia Paypal », ce quarteron ayant fait fortune grâce à l’application de paiement, est devenu l’agent de liaison entre les entrepreneurs et l’état-major républicain. Marc Andreessen et Ben Horowitz, à la tête du fonds de capital-risque homonyme, l’un des plus puissants du secteur, ont aussi rallié l’histrionique candidat républicain.
Et le très influent Peter Thiel, premier investisseur extérieur de Facebook, qui n’a jamais caché ses penchants droitiers, a réussi à imposer à Trump un colistier qu’il a presque entièrement manufacturé : J.D. Vance. Un temps salarié par Thiel au sein d’un de ses fonds d’investissement, Vance a été élu sénateur de l’Ohio en 2022 grâce à un don de 15 millions de dollars de son ancien patron.
C’est un partisan déclaré du coup d’État institutionnel. « Si je devais donner un conseil à Trump, ce serait de renvoyer tous les fonctionnaires, tous les bureaucrates, et de les remplacer par des gens à nous », déclarait-il en 2022.
Signe de son allégeance à ses puissants soutiens, il a récemment menacé de couper les vivres à l’Otan si l’Europe persistait à « ne pas respecter les valeurs américaines » en cherchant à réguler X.
Si la majorité de ces huit cent mille travailleurs de la Silicon Valley votent toujours démocrate, la quinzaine de noms qui font la pluie et le beau temps dans la région sont traversés par trois matrices politiques :
- Une droite assez dure qui fuyait le capitalisme de grands bourgeois de la côte est
- Une influence socialiste utopique qui a prospéré au début du XXe siècle sur le terreau de l’Université de Stanford, dont les fondateurs venaient de l’Indiana, longtemps l’État le plus raciste des États-Unis
- Enfin la proximité avec l’industrie militaire, qui a toujours apporté des financements.
Cela dessine une généalogie de l’homme blanc réactionnaire et élitiste. Il faut les observer avec d’autant plus de rigueur que depuis 2016 la Silicon Valley est le premier argentier des deux camps et le premier lobbyiste à Washington comme à Bruxelles, devant l’agroalimentaire et l’énergie. »
Montée d’un “techno-autoritarisme”
« Les fondamentaux économiques sont essentiels pour comprendre la réorientation de la boussole politique des investisseurs en capital-risque », analyse Olivier Alexandre. Comprendre : entre l’augmentation des taux, la bulle spéculative autour de l’intelligence artificielle et, surtout, les multiples tentatives de régulation du gouvernement de Biden venant menacer leur fortune, nombreux sont les milliardaires qui ont fait de Trump le choix de la raison (et du portefeuille).
Pour autant, la romance du moment n’est pas seulement guidée par un appétit insatiable pour le capital. Derrière la realpolitik se cachent parfois des idées beaucoup plus radicales, portées par des intellectuels confidentiels qui susurrent à l’oreille des patrons influents.
« Ils combinent une vision utopique du futur à une interprétation utilitariste de l’éthique selon laquelle la fin justifie les moyens. Une telle équation débouche invariablement sur des mesures extrêmes », analyse un historien en citant comme exemple les nazis, le mouvement religieux Aum, pacifique jusqu’à ce qu’il commette l’attentat au sarin dans le métro de Tokyo en 1995, ou les anabaptistes de la révolte de Münster au XVIe siècle, qui cherchèrent à installer une théocratie administrée par la terreur… Pas franchement rassurant.
Olivier Tesquet. Médiapart. Source (Courts extraits)
Trump à au moins le mérite de mettre l’Europe face à la réalité : elle doit d’abord compter sur elle même. Une certaine désillusion pour les polonais ou les baltes trop enclins à croire que les usa les sauveront de la Russie. Et peut-être enfin comprendre qu’il faut laisser à la Russie son pré carré, rassurer les russes c’est s’assurer la paix. La Russie ne veut pas de la Pologne et elle a admis que les baltes n’étaient pas russes.
Vive la France !!