LE CHAMP DES POSSIBLES
Formule une première tentative de déjouer la nuit. Les mots de passe traversent les trains de marchandises. Nous les regardons passer depuis la campagne.
Dans le champ des possibles, rien ne nous empêche de nous étendre, pas même les hauts épis. Une légère euphorie nous prend, infuse et monte depuis nos jambes. La voilà qui volette, oiseau guilleret, dans la cage thoracique. L’oiseau est libre là-dedans. Malgré les apparences. Et les trains de marchandises n’en finissent pas de passer.
Nous ne les voyons plus, couchés dans les hautes herbes, mais leurs cliquetis délicieux nous bercent. Et nous jouons à imaginer la combinaison idéale, l’unique, qui ouvrirait la porte des songes.
La clé des champs est déjà en notre possession, alors c’est sans angoisse que nous cherchons à débusquer la suite numérique qui se cache derrière la face du monde. Ensuite, nous allons au café manger un pain au chocolat. Car c’est le matin.
CET OLIVIER-LÀ
Première pluie féconde.
Deuxième jour du monde.
Une idée te vient.
Un chat ou un chien.
Rien ne nous devine.
Même interrompus.
Ce n’est pas bien grave.
Une petite fois.
La pluie est féconde et nous reviendrons ce soir dans le champ pour voir l’olivier. Après quoi nous retournerons à l’école où nous avons tant de fois attendu que l’heure sonne pour aller voir l’olivier.
Tu te souviens ? Nos rendez-vous taiseux après la classe à essayer de voir pousser l’arbre ?
Nous étions convaincus, à l’époque, que c’était possible. Au fond, dis-le-moi, toi aussi, tu penses encore que tu sais voir les arbres pousser ?
Peut-être pas tous les arbres.
Mais les oliviers au moins ?
Peut-être pas tous les oliviers.
Mais cet olivier-là ?
La première pluie est féconde.
Ce n’est plus le deuxième jour du monde. Mais c’est tout comme parce que je m’en souviens.
Arthur Teboul. Recueil : « l’adresse ». Éd. Seghers