LES MIETTES FÉCONDES

Dans la divagation journalière on trouve parfois entre les lignes du journal des miettes fécondes.

Apposant le bout des doigts dessus, on peut en faire de minuscules monticules.
De ces petits tas, que faire ensuite ?
Je ne sais pas.
Si on fermait le journal, tiens.

Si on revenait à sa place juste un instant pour reprendre son souffle et se laisser faire.

Dans une heure ou deux nous déciderons seuls de la marche à suivre. Pour le moment, lu mécanique des corps nous guide et nous ne choisissons pas tout.

Sur une branche voisine un soubresaut prend le contrôle du ver de terre. C’est une façon d’avancer. C’est une manière comme une autre d’aller vers son but.

On s’assied, on se lève, on tourne sur soi-même et les points cardinaux se mettent à clignoter dans le noir.
Nous ne sommes pas perdus pour autant.
Nous ne sommes pas désorientés. Car nous ne cherchions pas le nord.
Nous allons, simplement, quelque part.


Arthur Teboul. Recueil : « L’Adresse ». Éd. Seghers


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