C’est un plaisir de retrouver, au bout du compte, le porte-clé qu’on avait perdu.
Il n’y a plus la clé dessus, on ne se souvient même plus de la porte qu’on cherchait à ouvrir, cette porte qu’on avait même peut-être l’habitude d’ouvrir, MAIS ce porte-clé, franchement, quel bonheur de le retrouver.
Tu aimes son aspect métallique, sa forme rugueuse et ses inscriptions en lettres majuscules : « AU CAFÉ DU COIN ». Ça te rappelle de jolis souvenirs envolés.
Ces souvenirs-là, tu les pensais perdus, mais ils sont revenus avec le porte-clé.
Papillons qui attendaient leur heure pour quitter le buisson et te faire un coucou.
Sont revenus aussi les lettres en partance, les numéros du loto, la course du dimanche matin, le choix des légumes du marché, la main tendrement serrée, le poids des proches qu’on cajole loyalement, la petite odeur persistante du matin frais dans la campagne.
Que tu adorais.
Arthur Teboul. Recueil : « L’Adresse ». Éd. Seghers