Je te parle

Je t’attendais depuis toujours, si intensément que j’ignorais t’attendre. La première amour m’a préservé de l’argile des conventions qui en durcissant tourne à la pierre. L’autre — la première, bénie soit-elle, n’était que son annonciatrice charmante avec ses joues de pommier et ses timidités aimantées —, l’autre c’était Toi, le merveilleux achèvement d’un livre qu’on devine dès la première page et que cette page, de cascade en cascade, finira aux pieds de Dieu, et même ne finira jamais.

Je te regarde et je te vois par chaque instant recréée. Tu es unique au point où même les uniques te jalousent. Tu as rendu des ouragans fous de toi. C’est ta paix qu’ils envient. Le calme de ton sourire qu’ils convoitent. Il n’y a pas un jour, pas une heure où je ne sois balayé par le phare de ton sourire.


Christian Bobin. Recueil « Le murmure ». Éd. Gallimard


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