Sciences-Po d’âne

Mai 2024, un printemps de revendications étudiantes !

Il fleurit de New York à Paris. Les campus se radicalisent. Des campements s’installent. Le spectre de la guerre du Vietnam frappe à la porte. Les étudiants des années 60 s’étaient dressés contre les tapis de bombes sur Hanoï, ils se lèvent aujourd’hui pour protester contre les milliers de morts à Gaza.

Le soutien au peuple palestinien — et non au Hamas, organisation terroriste — est la nouvelle cause étudiante. Même le respectable Sciences-Po est touché. Surtout Sciences-Po, la plus américanisée des écoles de l’élite française. La direction a cédé. Elle rendra des comptes le 2 mai sur ses partenariats avec l’Etat hébreu, devenu soudain infréquentable, ses détracteurs oubliant qu’Israël est une démocratie et qu’à Tel-Aviv aussi il y a des manifestants pour la paix.

La droite pleure son Sciences-Po à mocassins à glands. « Ne l’appelez plus école libre », s’indigne « L’Opinion ». « Sciences-Po s’incline face à la pression islamo-gauchiste », éructe « Le Figaro ». Des gardiens du temple y font la leçon : « L’islamisme a imposé au gauchisme la figure du Palestinien comme « damné de la terre ». » Pascal Perrineau a oublié que, dans les années 80, le keffieh palestinien était déjà de toutes les manifs.

Le Premier ministre en personne en rajoute dans le récit fantasmé. Le 27 avril, il tempête : « il n’y aura jamais de tolérance avec l’action d’une minorité agissante et dangereuse qui cherche à imposer ses règles à nos étudiants et à nos enseignants. » Personne n’a raconté à Attal que Mai-68 était né à Nanterre d’une « minorité agissante » ? A part l’extrême droite et les chaînes Bolloré, qui donc a intérêt à faire croire que l’université française serait aujourd’hui à feu et à sang, le temple du wokisme, de l’islamisme, du gauchisme et, surtout, de l’antisémitisme ?

Les profs de Sciences-Po ont heureusement une vision plus clairvoyante, qui dénoncent « un emballement médiatique » (« Le Parisien », 29/4). « Quand j’entends dire que l’école serait devenue un bunker islamo-gauchiste, j’en tombe de ma chaise », raconte Bertrand Badie, depuis quarante ans dans l’établissement. Jacques Généreux, prof d’éco depuis des lustres, lui, n’a observé « aucune insulte antisémite ni violence ». Emballement aussi, cette jeune fille juive qui, mi-mars, aurait été empêchée d’accéder à une conférence pro-Palestine ? Saisi, le procureur de la République le dira.

En attendant, le gouvernement en fait trop. Il multiplie les poursuites pour apologie du terrorisme contre les élus LFI et des syndicalistes, confondant liberté d’expression et appel au djihad. De quoi accréditer la thèse d’un pouvoir pris d’autoritarisme qui donnerait un prétexte à la jeunesse pour ruer dans les brancards ? Ce serait un comble que Macron joue les provocateurs pour pousser au désordre et serve ainsi la cause des Bardella qui battent la campagne pour les européennes en promettant demain de faire régner l’ordre.


Article signé des initiales J.-M. Th. le Canard enchaîné. 30/04/2024.


5 réflexions sur “Sciences-Po d’âne

  1. bernarddominik 05/05/2024 / 9h56

    Islamo gauchiste, le mot est brandi par les amis de Netanyahu, souvent grassement subventionnés. Nous savons bien qui est derrière ces accusations. Mais quand c’est la jeunesse qui s’exprime, le figaro et Cie ne devraient pas oublier qu’eux ont l’avenir devant eux, et non pas derrière comme les directeurs de rédaction souvent decrépis par l’âge.

  2. tatchou92 05/05/2024 / 23h23

    qu’ils se souviennent de leur jeunesse.. et de leur positionnement.. en 68…. 86 par exemple.. où étaient-ils ?

    • Libres jugements 06/05/2024 / 10h44

      Au risque de me tromper Danielle, je ne pense pas à l’avènement soudain d’un mouvement identique à celui qui s’est produit en mai 68.
      68 étaient le résultat conjugué de deux faits de sociétés ; Le premier était pour la jeunesse de quitter l’éducation d’avant-guerre, constituée du clan familial, du respect de la hiérarchie parentale, des mœurs publics historiquement rattachés à l’esprit de solidarité de la résistance, de la fin de la guerre de 40 dans les mémoires et des deux inquiétantes guerres pour la jeunesse qui suivirent-Indochine et Algérie; Le deuxième n’offre aujourd’hui, plus la possibilité au monde ouvrier d’un coté et devant la diminution des forces syndicales, de venir étoffer le mouvement étudiant. L’individualisme, Les divers crédits restreignant toute volonté d’une rebellions d’ampleur.
      Amitiés. Michel

  3. agndoden 10/05/2024 / 15h40

    Bienvenue sur mon blog, si vous êtes intéressé aux sujets lumière: chapitrelumière.wordpress.com!

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