Plus terrifiant que le silence
Le mensonge qui se pavane
Dans la nuit de nos insomnies
Il a mauvaise haleine
Certains mots sont doués de vie
Il tombe dans un pot de couleurs
Vives et agitées, ils sortent habillés
Quand la solitude suinte sur les murs
Alors, ils deviennent une pluie solaire
Les mots se servent dans le cahier des erreurs
Fond la comptabilité de notre errance
Ensuite, ils pleuvent comme des déchets
Si des mots arrachent des plaies
La couleur les couvre de farine et de poussière
Elle les soigne
Le pinceau passe et repasse, boit la douleur
Et ferme les blessures d’où qu’elles viennent
Pourquoi avons-nous tant besoin d’illusions ?
Bulle d’air teinté par la peur
Parfum de nostalgie éplorée
Tant d’esquive et d’oubli
Des habits et de la naphtaline
Autant de masques
Qui laissent des traces sur le visage
Une sélection arbitraire de poesies, tirées du recueil « Douleur et lumière du monde ». Tahar Ben Jelloun. Éd. Gallimard