De l’art…

… non des détritus

  • Ici, un dragon de plusieurs mètres de hauteur en roues de vélo.
  • Là, 365 petites danseuses en métal qui côtoient une vieille Cadillac plantée dans le sol.
  • Plus loin, un banc pour géants.
  • Une Mobylette prise dans les branches d’un chêne.
  • Une oeuvre représentant la High Line de New York, ce parc urbain suspendu construit sur une ancienne ligne ferroviaire, qui fera à terme 50 mètres de longueur, 7 mètres de largeur et 9 de hauteur.
  • Partout, des arbres et des fleurs en métal rouges, jaunes, bleues…

Bienvenue dans le Magic Hortus (« jardin magique ») de François Alix, artiste sculpteur de 60 ans. Il a élu domicile sur un terrain de 4 ha à 40 km au nord de Poitiers, près du petit village de Verrue (Vienne).

Ancien ébéniste, céramiste et libraire spécialisé dans les ouvrages anciens (il s’honore d’avoir eu pour clients François Mitterrand ou Umberto Eco), le sculpteur s’acharne jusqu’à quinze heures par jour sur des bouts de métal qu’il récupère ou qu’on lui apporte.

Son antre, qui regorge de ferraille et de vieilles bagnoles, fait partie des environnements visionnaires, au même titre que — celui du Facteur Cheval. « J’habite un atelier à ciel ouvert collé à une forêt qui n’en finit plus de m’inspirer. Ce sont ces mêmes arbres que j’ai défendus, dans les années 2000, contre un projet de parc d’attractions, le Naturascope, porté par René Monory, ancien président du Sénat. »

Les sculptures de François Alix plaisent.

Le 15 avril, il en a livré une à un salon du bâtiment. Le 22 avril, il a fini d’en installer une autre dans une salle de spectacles de Tours. On lui a com­mandé une passerelle de 18 mètres de longueur pour le château de Cheverny. En septembre, il en livrera une autre au Télégraphe, centre culturel de Toulon. Et il est en pourparlers pour en mettre une en place dans le jardin Olympe-de-Gouges de l’Assemblée nationale.

Sculpture déconfiture

Mais, le 14 mars, patatras ! neuf gendarmes, deux représentants du parquet de Poitiers et un inspecteur des installations classées déboulent chez l’artiste. Ils agissent dans le cadre d’une opération « Territoire propre » (équivalent de « Place nette », sauf que, là, on ne vise pas le trafic de stupéfiants mais les atteintes à l’environnement).

Leur rapport est assassin. Les sculptures de François Alix ? « Des déchets métalliques. » L’immense amas de matériel, de livres et de bois de chauffage stocké sous un hangar, dont une partie appartient à des troupes de cirque ? « Des déchets combustibles. » La quinzaine de vieilles bagnoles présentes çà et là sur le terrain, dont sept roulent toujours ? « Des véhicules hors d’usage. » Pour l’administration, il n’y a pas photo : le Magic Hortus est une déchetterie à ciel ouvert et une casse auto. Or François Alix n’a aucune autorisation pour gérer une déchetterie…

D’où le projet de mise en demeure soumis au préfet par la Dreal, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (pour obliger l’artiste à se mettre aux normes et tout virer sous six mois), et la saisine du procureur de la République de Poitiers. Benoist Busson, l’avocat du sculpteur, s’étrangle : « S’il n’est pas dans les clous, OK, on le lui dit, et on rédige un constat sur une ou deux lignes. Mais, là, lancer une telle procédure, après un tel déploiement de gendarmes, alors qu’il n’y a pas de risque de rejets dans l’environnement, c’est choquant. M. Alix a quand même un statut d’artiste. La ferraille qu’il stocke n’est pas un déchet puisqu’il la réutilise pour son activité. »

Le procureur de la République n’est pas de cet avis : « Le dossier est en cours d’analyse en vue de suites éventuelles, après enquête ».

Au fait, est-on sûr que le Facteur Cheval avait toutes les autorisations en bonne et due forme ? et que son Palais Idéal-est-aux normes ? Ne faudrait-il pas le détruire d’urgence ?


Prof. Canardeau. Le Canard enchaîné. 07/05/2024


5 réflexions sur “De l’art…

  1. bernarddominik 14/05/2024 / 8h29

    Artiste brocanteur poubellier ? Il y a à Port de Bouc ce type d’artiste mais il ne conserve pas ad eternam les déchets de ses œuvres utilisant le recyclage de vieux matériaux. Il y a un minimum de propreté à respecter même pour Michel Ange

  2. tatchou92 14/05/2024 / 22h12

    Pas facile d’être artiste, d’avoir une liberté d’esprit, de création, et de ne pas toujours être compris.. ni peut être aussi de se faire comprendre, de se soumettre à certaines exigences, quand on a l’esprit libre, et qu’on ne fait de mal à personne.

    • Libres jugements 15/05/2024 / 0h16

      Merci Danielle pour ce commentaire.
      Pour avoir vécu une grande partie de ma vie avec des artistes à commencer par mon père peintre, connu leur faculté à idetifier leur signature, travestir, s’organiser pour choquer volontairement, ne serait-ce que pour se faire connaitre-reconnaitre « du grand public » signe de rentrée monétaire, je ne puis que confirmer ton écrit.
      Toutefois j’y mettrai un bémol. Ayant fréquenté assez souvent le salon des indépendants — seul salon permettant à tous les peintres, sculpteurs, etc. d’exposer du moment qu’il payait une redevance (contrairement à d’autres salons ou un tri était fait lors du dépôt des œuvres), dans ce genre de salon disais-je, j’ai vu pêle-mêle et ne saurais te dire en quelle année, une toile complètement blanche dans sa toile d’origine même pas recouverte d’une couche de peinture et dénommée « l’espoir viendra », je me souviens d’un dessus de cuvettes de WC, posé dans un cadre de style XVIIIe siècle dont le titre était « libres pensées », une autre œuvre encore, un paravent 3 volets, recouvert d’un tissu chinois avec une découpe dans le volet centrale à hauteur d’homme un rond avec une vitre, l’œuvre était dénommée « vision des formes »…. mais il est vrai qu’un salon des indépendants a exposé une toile qui a fait scandale « la naissance du monde » et est maintenant au musée d’Orsay à la vue de tous, enfant compris…
      Quant aux œuvres diverses et variées actuelles, à titre très personnel je n’y vois pas de l’art, juste des éléments de décoration temporaire.
      Avec toute mon amitié Danielle.
      Michel

      • tatchou92 18/05/2024 / 18h26

        – Merci pour cet éclairage, je sais que « la critique est facile, et l’art difficile », Un proche de mon conjoint, peintre à ses heures, a qui j’avais envoyé une carte du vieux château, de Saint Saturnin, dans le Puy de dôme , (dans la circonscription de VGE, en 1968), transformé en maison de repos pour la gente féminine, m’avait en retour fait une jolie représentation de ce « chateau’ . J’avais beaucoup apprécié et j’apprécie encore ce cadeau, qui me rappelle de jolis souvenirs.. J’y avais passé près de 2 mois et je l’avais choisi sur recommandation d’une amie.
        – Je me souviens que le sympathique curé du village qui avait été longtemps aumonier de la base aérienne de Clermont-Aulnat, avait monté un spectacle folklorique avec la région et les bénévoles du village et du château.. La première s’étant déroulée en présence de VGE et de Madame, venus très discrétement. Le Ministre de la Culture avait débloqué des fonds pour rénover la toiture qui en avait bien besoin..
        Ce chateau est maintenant transformé en hostellerie,

  3. Pat 15/05/2024 / 19h49

    Le temps désignera l’artiste, et le temps désignera Dieu; en attendant soyons théiste, pour lui laisser le nom qu’il veut…

Répondre à tatchou92Annuler la réponse.