Bien sûr nous eûmes des orages en cinquante-quatre ans qui n’en eut pas. Il n’en reste pas moins qu’en ce jour où j’additionne quelques bougies, sache que je ne regrette rien et que si nous devions refaire le chemin inverse, c’est avec toi que je le referai et personne d’autre.
Bien sûr, tout ne fut pas un long fleuve tranquille et si vieillesse venue une certaine sérénité nous a gagné, c’est à grande partie parce que nous avons toujours échangé nos opinions dans le respect de l’autre tout en gardant une certaine forme d’indépendance.
Bien sûr, nous eûmes des orages
Vingt ans d’amour, c’est l’amour fol
[…]
Moi, je sais tous tes sortilèges
Tu sais tous mes envoûtements
Tu m’as gardé de piège en piège
Je t’ai perdue de temps en temps
Bien sûr, tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte
Finalement, finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes
Et plus le temps nous fait cortège
Et plus le temps nous fait tourment
Mais n’est-ce pas le pire piège
Que vivre en paix pour des amants
Bien sûr, tu pleures un peu moins tôt
Je me déchire un peu plus tard
Nous protégeons moins nos mystères
On laisse moins faire le hasard
On se méfie du fil de l’eau
Mais c’est toujours la tendre guerre
Oh, mon amour
Mon doux, mon tendre, mon merveilleux amour
De l’aube claire jusqu’à la fin du jour
Je t’aime encore, tu sais, je t’aime
Jacques Brel (extraits)