Chanteur engagé…

En vingt ans de carrière, Cali n’a jamais craint de s’engager.

S’il a tourné le dos à la politique, il reste révolté par les injustices dont souffrent les migrants ou encore les ouvriers en lutte. Et il ne compte pas s’assagir, même si cela lui a déjà coûté cher.

  • Quand on fête ses vingt ans de carrière, passe-t-on forcément par l’étape du bilan ?

Je préfère la fuite en avant perpétuelle. Si je reviens vers mon premier disque, c’est avant tout parce que je lui dois quelque chose, c’est mon disque trèfle à quatre feuilles. Il est arrivé dans une période compliquée, je chantais dans des bals de villages et je me débattais avec une séparation difficile, et j’ai réussi à me défendre grâce à ces chansons, ça m’a sauvé la vie.

Et ça m’a ensuite permis de vivre une vie de chanteur qui se poursuit encore aujourd’hui. Et même si je n’aime pas regarder dans le rétroviseur, je voulais que ce disque rassemble des personnes qui m’ont fait du bien.

  • Avec Bernard Lavilliers, justement, vous reprenez le titre « Différent ». Il se conclut par un texte de John Donne, poète britannique du XVIe siècle : « La mort de tout homme me diminue parce que j’appartiens au genre humain ». Pourquoi cet ajout ?

Ce texte est important pour moi parce que je l’avais fait lire par ma fille dans un festival qui venait en aide aux migrants. Chez moi, dans les Pyrénées-Orientales, à la frontière franco-espagnole, il y a une plaque avec ce texte posée sur une voie de passage migratoire que l’on appelle « le sentier des passeurs » et qui me glace à chaque fois…

  • Le soutien aux migrants ou la lutte pour la régularisation des sans-papiers font partie de vos engagements, on les retrouve d’ailleurs dans des chansons comme « Lettre au ministère du saccage des familles » ou « 1 000 Cœurs debout ». Qu’est-ce qui vous a amené à défendre ces causes ?

D’abord parce que c’est mon histoire et celle de mes grands-parents, venus d’Espagne et d’Italie, et que je suis révolté d’entendre depuis que je suis petit « France, pays des droits de l’Homme », alors que l’on traite ces personnes comme si elles étaient des animaux. Mais ce n’est pas un engagement politique, c’est un engagement humain.

  • Vous pensez que vos engagements ont freiné la progression de votre carrière ?

Oui, mais ce n’est pas très important. Quand je me suis engagé politiquement, dont en 2007 pour Ségolène Royal, ou pour diverses causes dans mes chansons, je savais le risque que je prenais. Et ça n’a pas manqué, j’ai perdu beaucoup de public.

  • Dans vos derniers albums, il y a davantage de chansons d’amour que de chansons engagées. Vous avez perdu l’envie de mourir sur les barricades ?

Je crois que mes convictions se baladent dans toutes mes chansons, même si elles ne sont peut-être plus vraiment des manifestes. Mais c’est aussi parce que je trouve que le discours des jeunes chanteurs et chanteuses est beaucoup plus adapté que le mien.

  • Pour beaucoup, votre image est reliée à la campagne socialiste de 2007… Quel est votre rapport au monde politique aujourd’hui ?

Aujourd’hui, quand je vais voter, j’y vais à reculons. J’étais pourtant certain de vouloir voter toute ma vie. Alors l’engagement politique… Aujourd’hui, mon engagement, c’est plutôt l’associatif. Le concret. Je donne un coup de main à l’ONG de Bono, ONE, aux associations d’aide aux sans-papiers, mais aussi à des structures qui apportent un peu de culture aux détenus… Les gens qui portent ces missions au quotidien changent vraiment la vie des gens, ça me bouleverse de les voir se saigner sans aucun moyen.

  • Vous organisez aussi régulièrement des concerts pour les ouvriers menacés par les licenciements, comme en 2019 contre la fermeture de l’usine Ford de Blanquefort. La défense de la classe ouvrière vous importe également ?

Sur la route, j’ai vu ces situations partout. Ces gens qui ont tout donné pour leur travail, leur usine, leur terre, et qui finissent par se retrouver nus parce qu’un beau jour quelqu’un a décidé de tout vendre, leur dignité comprise.

Alors qu’est-ce qu’on peut faire contre ça ? On donne un concert, on remplit un peu les caisses pour aider leur lutte, mais après ? C’est une détresse totale, des vies détruites… On va encore m’engueuler parce que je parle politique, mais quand je vois le prix d’un Caddie aujourd’hui, quand je vois les insultes permanentes à la pauvreté venant de la bouche de politiques, quand je vois le fossé qui s’est creusé entre une population méprisée et des milliardaires qui ne cessent de s’enrichir, je ne comprends pas que ça ne soit pas encore la révolution dans les rues.


D’après un article d’Anthony Cortes. Source principale


Une réflexion sur “Chanteur engagé…

  1. tatchou92 06/04/2024 / 16h41

    MERCI A CALI.

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