Si cela gagnait la France…

… qui défendra les institutions, l’ensemble de la population ?

Claudine Gay l’affirme dans une tribune publiée dans le New York Times, titrée « Ce qui vient de se passer à Harvard me dépasse » : « La campagne contre moi allait au-delà d’une seule université et d’une seule dirigeante », explique-t-elle.

Il s’agit d’« une guerre plus large visant à saper la confiance publique dans les piliers de la société américaine […] Les institutions de confiance de tous types, des agences de santé publique aux organes de presse, continueront à être victimes des tentatives coordonnées visant à saper leur légitimité et à ruiner la crédibilité de leurs dirigeants » ; elle conclut que, dans cet objectif, elle constitue une cible idéale : « une femme noire choisie pour diriger une institution de renom ».

Rembobinons.

Au lendemain du 7 octobre 2023, l’antisémitisme bat son plein sur les campus américains. Des étudiants juifs sont harcelés, tandis que des groupes d’étudiants pro-palestiniens accusent Israël d’être « entièrement responsable » des actes de barbarie commis par le Hamas.

Début décembre, les présidentes de l’université de Pennsylvanie, du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et d’Harvard sont cuisinées par le Congrès pour avoir refusé de condamner, quand elles ne les ont pas carrément soutenus, ces groupes d’activistes.

À la question d’une élue républicaine lui demandant si appeler au génocide des Juifs violait le règlement d’Harvard, Claudine Gay répond : « Cela peut, en fonction du contexte ». Et poursuit dans le même flou artistique.

Tollé immédiat dans le camp républicain, mais pas que. Élus de tous bords, universitaires et donateurs exigent sa démission. Pas question, répond-elle – contrairement à sa collègue du MIT, elle aussi emberlificotée dans des réponses vaseuses, qui démissionne aussitôt -, avant de présenter de molles excuses sur le site Internet de la fac.

Que les trumpistes rêvent de purges antiwoke et aient mené une campagne acharnée contre Claudine Gay est indéniable.

Qu’elle ait été assaillie d’injures racistes par les mêmes sur les réseaux sociaux ne fait pas davantage de doute. Mais ça ne retire rien à sa faute, qui n’est pas d’être une femme noire à la tête d’une prestigieuse université, mais d’avoir refusé de condamner explicitement l’antisémitisme.

Aujourd’hui, tout en reconnaissant « des erreurs », elle invoque « un piège bien tendu » par le Congrès. Mais elle s’y est jetée elle-même, dans ce piège, en répondant comme elle l’a fait à une élue que, de surcroît, elle savait plus qu’hostile. Ce qui est ajouté l’amateurisme à la bouillie idéologique — car il est probable que, soumise à la pression, elle ait bien dit ce qu’elle pense…

Prétendre qu’elle a été en fait victime de tout autre chose, comme le fait aujourd’hui le chœur des « progressistes » indignés, c’est soutenir que ce qu’elle a dit et fait n’est au fond pas très grave.

C’est poursuivre l’air de rien dans cette rhétorique immonde qui sous-entend que les victimes des bouchers du Hamas l’ont bien cherché et que les Juifs du monde entier sont coupables par essence.

C’est concevoir qu’il y a un antisémitisme acceptable. En fonction du « contexte ».


Gérard Biard. Charlie hebdo. 10/01/2024


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