Pourquoi ce silence…

… sur cette directive austéritaire européennes ?

Il est curieux qu’à quelques encablures des élections européennes, la codification du grand retour du corset budgétaire sur les États s’opère dans un grand silence médiatique.

C’est pourtant ce qui se négocie en ce moment entre le conseil européen et le parlement européen. Une majorité de celui-ci de voter le 17 janvier une prétendue réforme du pacte de stabilité » qui prendrait désormais le nom de « nouveau cadre de la gouvernance économique ».

Une nouvelle directive très opaque, qui donne les pleins pouvoirs à la Commission européenne pour contraindre les États membres de l’Union européenne à mener une politique budgétaire « d’ordre » selon les mots choisis des puristes de l’Europe libérale.

Alors que les traités de Maastricht et de Lisbonne fixent le seuil du déficit budgétaire à 3% des richesses produites par pays, ce nouveau texte oblige à descendre à 1,5%. La Commission européenne s’octroie le droit de fixer les programmes budgétaires pour chaque pays dont l’endettement dépasse 90% des richesses produites (PIB) en leur imposant de réduire leur niveau d’endettement d’au moins un point chaque année durant au moins quatre ans.

Cette « trajectoire soutenable » des comptes publics peut être prolongée jusqu’à sept années si les États membres consentent à de « nouvelles réformes structurelles ». Dans la bouche de la Commission de Bruxelles, ceci veut dire : réduire encore le périmètre de l’État social avec de nouvelles privatisations et la réduction des moyens des services publics, de nouvelles attaques contre le droit du travail et de la protection sociale. Une petite astuce a été inventée à l’occasion de l’élaboration de cette nouvelle directive : exclure « les dépenses primaires » des calculs.

Ceci signifie que le service de la dette, donc le niveau des taux d’intérêt et ce qui est baptisé « les effets fiscaux », seront exclus du calcul du niveau de la dépense publique. Autrement dit, les cadeaux fiscaux au capital et le service de la dette qui alimente allègrement les rapaces des marchés financiers seront absous. Il n’en sera évidemment pas de même des investissements sociaux dans l’éducation, la santé ou ceux indispensables à la transition écologique ou encore au développement numérique ou de la recherche. Il s’agit donc bien d’une nouvelle directive pour le capital et contre le monde du travail et de la création.

C’est aussi une directive qui affaiblit l’Union européenne qui risque de subir un important choc récessif alors que les États-Unis ont décidé de s’endetter massivement pour soutenir leurs industries. Cette stratégie nord-américaine se combine avec leur retour sur le territoire européen et la mise sous une dépendance accrue de pays comme l’Allemagne au pétrole et au gaz américains à la faveur de la fermeture du robinet russe.

Cette offensive aura de lourdes conséquences sur plusieurs grands secteurs industriels. Parallèlement, les États-Unis et l’OTAN demandent aux pays européens de dépenser plus en armements, de préférence pour acheter leurs matériels militaires. Dans ces conditions, les discours macronistes sur « la souveraineté européenne » ne sont qu’une enfilade de mots creux pour camoufler l’alignement de la construction européenne au service du capital dominé par les États-Unis.

Le choc risque d’être rude pour les familles populaires qui souffrent déjà de la stagnation des rémunérations et des hausses de prix. La Confédération européenne des syndicats (CES) estime que la France se verra imposer 26 milliards de réductions budgétaires chaque année. C’est avec ce chiffre en tête qu’il faut comprendre l’annonce de Bruno Le Maire, lors de ses vœux, sur la nécessité de trouver immédiatement 12 milliards d’euros d’économie.

On comprend mieux aussi, l’opération d’enfumage du président de la République sur la hausse de 10% du prix de l’électricité dû à l’augmentation des taxes à la consommation ;

  • le doublement du reste à charge portée à 1 € sur les médicaments ;
  • la fin de la défiscalisation du gas-oil d’usage agricole et pour les bateaux de pêche ;
  • le maintien des prix élevés des carburants, comme ceux de l’alimentation, qui permettent l’augmentation des prélèvements indirects par la TVA et les taxes sur les produits pétroliers;
  • le projet de modification du congé de naissance.

C’est aussi à cette aune qu’il faut situer les contre-réformes de l’assurance chômage, la réduction de la protection des seniors au chômage, la transformation de l’Unedic, la tentative de mettre fin à l’aide médicale d’État pour les immigrés, la pression à la baisse sur les aides au logement, l’étranglement des collectivités locales, le projet de « rémunération au mérite » des agents publics contre le statut de la fonction publique, le trait d’égalité mis entre école publique et école privée, l’effacement progressif des engagements publics en faveur de la transition écologique au profit des incitations aux investissements des capitaux privés.

Or, on ne peut à la fois financer les forages pétroliers de grandes firmes et prétendre lutter contre les modifications climatiques. On ne peut pas, non plus, s’afficher comme protecteur de la biodiversité, de l’eau ou empêcher les inondations avec des politiques de réduction de crédits publics. Ces doubles langages doivent être dénoncés avec force et des stratégies alternatives progressistes doivent être mises en débat.

Faute de le faire, ce sont les extrêmes droites, aidées une nouvelle fois par de telles directives, qui prendront le pouvoir. La refondation du projet européen passe par le respect de chacune des nations libres de mener ses politiques dans le cadre d’une union des nations et des peuples à la fois souverains, s’associant pour des projets sociaux, industriels, numériques, agricoles, environnementaux communs, dans des formats qu’ils choisiraient eux-mêmes pour permettre aux travailleurs et aux familles populaires de mieux vivre, d’accéder à un travail émancipé et souverain sur les productions, afin de garantir à la fois progrès social et humain et transition environnementale.

Souhaitons que le débat ait lieu. C’est de la vie quotidienne de chacune et de chacun qu’il s’agit.


La Lettre de Patrick Le Hyaric du 27/01/2024. Source (extraits – lecture libre)


Note : d’abord les propos tenus par Patrick le Hyaric n’engage que lui… pourtant bon nombre des points relevés méritent–mériteraient une étude attentive par la population qui dans quelques mois va être appelée aux urnes à travers les élections européennes et les désignations de candidats capables (ou non dans le cas d’un mauvais choix) de faire changer les choses au sein de l’organisation européenne. MC


6 réflexions sur “Pourquoi ce silence…

  1. tatchou92 30/01/2024 / 1h16

    Et la majorité du corps électoral français avait à l’époque voté NON à MAASTRICHT… merci qui ?

    • Libres jugements 30/01/2024 / 10h13

      Il a fallu que Sarkozy s’en mêle avec le traité de Lisbonne…
      Oui, nous parlons du Nicolas qui en sous-main actuellement fait beaucoup – Dati entre autres, mais pas que… – ce personnage équivalent à Bolsonaro, Donald Trump, ou du nouveau président argentin. Celui qui a tant de casseroles et de tic nerveux à justifier en justice (dont on ne peut comprendre le temps mis avant une décision finale aux différentes affaires.
      amitiés. Michel

  2. bernarddominik 30/01/2024 / 8h50

    173 milliards de déficit sur un budget de 450 milliards, oui 38% de déficit en 2023. Il serait temps que Macron et Le Maire apprennent à compter. Oui je trouve normal de limiter le déficit des états. Cette manière de dépenser sans compter aux frais de nos enfants est honteuse. Le parlement doit enfin supprimer les avantages fiscaux aux riches actionnaires et aux gafa et limiter le train de vie de l’état.

    • Libres jugements 30/01/2024 / 10h29

      Autant Bernard, je suis d’accord avec toi en ce qui concerne les avantages fiscaux qui sont faits « aux riches actionnaires » et au GAFA (dont effectivement la fiscalité est dérisoire au regard de leur chiffre d’affaires et bénéfices, sauf que tant qu’il n’ira pas une entente internationale pour décider d’une fiscalité spécifique, ces entreprises prospéreront.
      Par contre, sur le dernier point « limiter le train de vie de l’État », ce qui est en train de se faire au niveau et du non-engagement de nouveaux fonctionnaires, volonté de non-renouvellement de poste de celles et ceux qui partent à la retraite, la passation petite à petit d’organismes publics ont société privatisée contribue à limiter les dépenses de l’État. Quant aux frais de représentation de l’État, sur ce point il y a certes à dire, mais combien représentent-ils réellement dans le budget général de l’État.
      Michel

      • tatchou92 30/01/2024 / 15h59

        bonjour à tous, on ne peut que noter et constater que la réduction drastique des services publics concédés au secteur privé et les autres.. a :
        1) certes réduit le nombre de fonctionnaires et agents publics,
        – n’a pas systématiquement amélioré le service rendu concédé..,

        – mais plutôt dégradé pour les usagers que nous sommes : (les ex PTT, EDF, Equipement, (dépeçage en cours dans les transports SNCF, RATP), enseignement public : suppression régulière de classes en primaire (ma ville concernée à plusieurs reprises… on a résisté), profs absents non remplacés dans des matières essentielles, voir la misère de nos hôpitaux publics fuis par les soignants et le peu de considération pour les Patients, les femmes enceintes qui accouchent dans le véhicule du futur papa ou celui des pompiers… (Ex : toutes maternités fermées dans les hôpitaux ardennais, chers à mon coeur.., les femmes vont vers Reims, l’Aisne, la Belgique..) etc.. et une seule direction par regroupement hospitalier…pas de quoi tenter les élèves directeurs à leur sortie de l’école nationale de Rennes..

        – le service public c’était un fleuron conquis à la Libération, une tache pour certains.. mais présent sur tout le territoire.

        2) comment les « économies » ainsi réalisées ont -elles été utilisées ?? Quelles améliorations apportées par les nouveaux opérateurs? on ne peut pas dire que le bilan soit positif, lorsque dans ma ville, le Lycée public attendu et promis depuis des décennies n’est toujours pas en cours de construction, alors que la Région finance largement l’enseignement privé, comme l’a récemment démontré l’actualité…

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