En Belgique (1) et au Québec, des accompagnants spirituels, croyants de toutes confessions ou laïques, aident les patients en fin de vie à accueillir la mort avec sérénité. Même ceux ayant choisi l’euthanasie.
L’oreille peut être celle d’un psy, mais aussi, quand les patients en font la demande, celle d’un accompagnateur spirituel. Islam, christianisme, judaïsme, bouddhisme… La Clinique universitaire de Saint-Luc, à Bruxelles a beau être un établissement catholique, sept convictions religieuses y sont représentées — les athées et les agnostiques, eux aussi, peuvent solliciter un service laïque.
« Quand j’entre dans une chambre, je n’ai pas de vérité à asséner, raconte Marie-Thérèse Hautier (sexagénaire, bibliste, aumônière mandatée par l’archevêque). Je demande : que puis-je faire pour vous ? Quel est votre besoin essentiel ? Certains veulent prier. D’autres se demandent s’il y a quelque chose après la mort. Évidemment, je n’ai pas de preuve du Paradis ! » Elle prend un moment de silence. « La fin de vie est un temps cristallisé, pour le meilleur comme pour le pire ! » […]
Pour certains, la bonne ou la belle mort est un dernier souffle sans douleur ni agonie, une ultime expiration planifiée, dont on connaît à l’avance le jour et l’heure. Marie-Thérèse est ainsi amenée à accompagner des personnes qui demandent ou songent à demander l’euthanasie, légale en Belgique depuis plus de vingt ans.
« On a la réputation d’en pratiquer énormément, mais c’est en fait assez rare » (2), tient-elle à préciser. S’ils n’approuvent pas le geste — conformément à la position de l’Église catholique —, les évêques belges encouragent néanmoins les aumôniers à faire avec la réalité. […]
Le plus gros du chemin à parcourir concerne souvent les proches, bouleversés par la décision de leur parent. […]
Certains patients sont « au bout du bout » face à une douleur ingérable ou un mal incurable. […] D’autres enfin, hésitent. […] Parfois, le simple fait de formuler la demande d’euthanasie tranquillise le malade. « Les gens sont rassurés de savoir qu’ils ont cette porte de sortie. Leur répondre que j’entends leur requête, que je la comprends sans la juger, c’est déjà un soulagement pour eux. » […]
L’accompagnement de ces trajectoires intimes, qui défient les morales traditionnelles, n’est pas toujours fluide. « Au début, dans mon hôpital, les aumôniers ne se rendaient pas disponibles pour ces patients. Pire : certains espéraient les faire renoncer à l’euthanasie. Ils ont cheminé petit à petit », se souvient Corinne van Oost, médecin catholique et coordinatrice dans l’équivalent belge d’un Ehpad.
Impliquée dans le réseau de soins palliatifs du Brabant wallon, elle a siégé dans la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie en Belgique. « Pour les personnes qui souhaitent mourir à domicile, c’est encore plus difficile. Qu’elles demandent l’euthanasie ou pas. Les infirmières sont débordées, et font appel à des psys plutôt qu’à des aumôniers. […]
Des prêtres, des rabbins, et plus rarement des imams acceptent malgré tout d’accompagner ces patients. Le curé belge Serge Maucq s’est ainsi retrouvé chez une vieille dame très lucide et en froid avec ses filles, qui souhaitait absolument discuter avec un prêtre. Davantage de ses funérailles et de son existence, que de son euthanasie. « Elle était tout sauf une grenouille de bénitier et ne cherchait pas dans nos conversations une validation de sa décision, mais plutôt un vis-à-vis pour relire sa vie de manière apaisée et choisir les textes lus à sa sépulture, se souvient le prêtre.
Bien sûr, je me suis interrogé. Certes, j’ai une éthique particulière liée à la communauté catholique, mais cette éthique n’est pas un GPS catégorique. Elle est plutôt une boussole. […]
Certains, comme le prêtre et théologien belge Gabriel Ringlet, vont même jusqu’à créer des rituels pour le moment du départ. « L’euthanasie est une transgression majeure, nous écrit-il. Je pense qu’elle peut être fondée éthiquement : il y a dans la vie des circonstances, où, en conscience, on peut être appelé à transgresser. Parce qu’on est dans l’impasse. Parce qu’aucune solution n’est satisfaisante. »[…]
De l’autre côté de l’Atlantique, au Québec, les soignants et les patients n’ont pas besoin de faire appel aux institutions religieuses pour obtenir un accompagnement spirituel. Depuis 2011, ce dernier est assuré par des intervenants en soins spirituels (ISS), employés des hôpitaux. Un métier qui permet de combler le manque de prêtres et d’aumôniers, tout en répondant à la réalité spirituelle d’une population de moins en moins pratiquante. […]
Élise Racque. Télérama. N° 3862. 17/01/2024
- En Belgique, en 2022, la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie a enregistré 2 966 euthanasies. Une augmentation de 9,85% par rapport à 2021.
- Les euthanasies déclarées à la commission représentaient 2,5% de tous les décès en Belgique.
Merci Michel pour cette publication, que j’apprécie.
Si la législation de notre Pays a avancé sur ce terrain, elle pourrait encore avancer.. avec de la bonne volonté. ..
Je sais que c’est un terrain glissant, mais il faut aussi ouvrir les yeux, affronter la réalité… et constater que ceux qui en ont les moyens passent les frontières voisines et partent apaisés..
A défaut de loi qui pourrait éventuellement choquer la population, on pourrait peut être commencer par développer les services de soins palliatifs qui manquent cruellement et former des personnels à l’accompagnement des personnes en fin de vie, qui souffrent inutilement physiquement et moralement, ainsi que leurs familles.
Rien à ajouter, reste à savoir comment ce gouvernement proche de la croyance, va légiférer… si toutefois il le fait.
Amitiés. Michel