Triste année 2023 – 1

Écho de la colonie de Ma’ale Levona (Cisjordanie)

« Imaginez-vous passer du bon temps avec votre famille et profiter d’un paysage vierge spectaculaire. » La phrase est accrocheuse. Chaque mot a été soigneusement choisi pour vendre un futur projet immobilier à Ma’ale Levona.

Une colonie de Cisjordanie occupée située à une vingtaine de kilomètres de Ramallah. Près de 900 personnes, en majorité des familles, vivent dans ce qui ressemble de loin à un village dortoir perché au-dessus de champs d’oliviers.

Cette colonie, illégale au regard du droit international, a été construite en 1983. Depuis, elle ne cesse de s’agrandir sur les terres palestiniennes des localités de Sinjil, Al-Lubban ash-Sharqiya et Abwein.

Shlomi vient d’arriver à Ma’ale Levona. Il y a six mois, à la tête d’une société de BTP, ce père de famille a acheté une maison pour sa femme et leurs quatre enfants. « Je suis monté en Israël, il y a plusieurs années maintenant », explique fièrement le Français originaire de Marseille en faisant la visite de ce qu’il présente comme son « petit paradis ». À l’arrière de son pantalon, coincé dans sa ceinture, on devine facilement un pistolet.

« Je ne le laisse jamais, ma femme aussi porte une arme. C’est de l’autodéfense comme aux États-Unis. C’est la même logique pour nous, se vante presque Shlomi. Depuis le 7 octobre 2023, le portail à l’entrée est toujours fermé et gardé par des militaires. Le risque zéro n’existe pas mais je me sens en sécurité ici. Tsahal a renforcé sa présence autour du village. » 

Un village : c’est ainsi que ce père de famille quarantenaire désigne l’endroit où il vit. « Je n’aime pas le mot “implantation”. Je ne me sens pas comme un colon, je me sens comme un juif sur ma terre », explique-t-il.

« Implantation »est pourtant le terme utilisé par les autorités israéliennes. « On ne va pas partir de Ma’ale Levona. C’est chez moi, même si je suis français,assure Shlomi. Ma dernière fille est née ici, elle n’a que la nationalité israélienne. Un pays a été construit il y a 75 ans, avant il n’y avait rien autour de nous. Que du sable et des cailloux ! »

Le Français marque une pause et d’un geste lent de la main montre les collines qui l’entourent. Juste en face, la ville palestinienne d’Abwein, ses 4 000 habitants et ses vestiges archéologiques n’ont pas l’air d’attirer son attention.

  • Que dit-il aux Palestinien-nes qui l’accusent de leur avoir volé leurs terres ?

Accompagnée d’un léger sourire, sa réponse fuse. « Ils devraient prendre des cours d’histoire, ils ont fait des guerres et ils les ont toutes perdues. Comme dans toute guerre, il y a des prises de territoires, pas besoin d’aller chercher des explications plus loin. »

Comme la grande majorité des colons, Shlomi soutient Benjamin Nétanyahou, le premier ministre israélien. En nous raccompagnant vers l’immense portail jaune devenu barrière de sécurité à l’entrée de Ma’ale Levona, le chef d’entreprise finit par confier qu’il espère un retour rapide à « la vie normale », à son quotidien d’avant le 7 octobre. L’ensemble des permis de travail israéliens accordés à des Palestiniens ont été suspendus après l’attaque du Hamas.

« Je n’ai plus d’ouvriers pour mes chantiers de construction en Israël. Tout est à l’arrêt ! », regrette le Français qui développe ensuite l’argumentaire parfaitement rodé des colons israéliens : « À l’heure actuelle, les Palestiniens ne sont pas capables d’être autonomes économiquement. Gaza, ils auraient pu en faire un Singapour du Moyen-Orient. Ils ont fait un autre choix politique. »

Avant de nous laisser reprendre la route, Shlomi tient à nous donner un dernier conseil : « Ne tournez surtout pas à gauche au croisement plus bas. C’est dangereux. » À deux kilomètres, cette route à gauche mène à Sinjil. En mars dernier, des colons ont attaqué cette petite localité arabe et incendié une maison avec ses habitant-es à l’intérieur. 

Les Palestiniens ont trouvé un surnom à ces femmes et à ces hommes qui ont choisi de vivre dans les colonies autour de Ramallah, Naplouse ou encore Hébron : « les colons des collines ».

Parce que tous ont installé leurs maisons en hauteur. Ces trente dernières années, selon l’ONU, leur nombre a quadruplé. Ils sont environ 475 000 à résider en Cisjordanie occupée où vivent 2,9 millions de Palestinien·nes.

[…]


Céline Martelet et Alexandre Rito. Médiapart. Source (Extraits)


Une réflexion sur “Triste année 2023 – 1

  1. bernarddominik 31/12/2023 / 9h10

    Incroyable le culot de ces israéliens. Des bandits.

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