… Rima Abdul-Malak répond aux accusations de “discrimination”.
La ministre de la Culture est un des rares membres du gouvernement à ne pas se laisser attaquer sans répondre, surtout quand elle estime que les valeurs qu’elle défend sont en jeu.
Ce week-end [9/10 déc 2023], l’extrême droite, relayée par CNews, Europe 1 et le JDD, ses médias de prédilection, a lancé une attaque en règle contre La Relève, un programme dévoilé par Rima Abdul-Malak, destiné à ouvrir les portes de la direction des établissements culturels à cent une personnes (une par département) de 25 à 40 ans, issues de toutes les formes de la diversité (géographique, sociale, couleur de peau, handicap…).
Son objectif ? Renouveler le vivier des dirigeants de la culture et faire en sorte qu’ils ressemblent un peu plus à la réalité de la société française.
Il n’en fallait pas plus pour que l’extrême droite instruise son procès. Pour Reconquête !, Marion Maréchal et Stéphane Ravier, sénateur des Bouches-du-Rhône, ont estimé dans un communiqué que La Relève s’apparentait à une forme de « discrimination raciale » et faisait la promotion « d’un racisme anti-Blanc et de l’idéologie woke ».
Marine Le Pen, qui dans une précédente interview avait estimé que les propos de Rima Abdul-Malak la disqualifiaient pour « être ministre des Français », a, elle, dénoncé « une politique raciste ». Des accusations outrancières, surtout dans le climat actuel, auxquelles la ministre a accepté de répondre sans détour, en marge d’une conférence consacrée au mécénat culturel.
- Comment réagissez-vous face à l’extrême droite qui vous accuse de faire la promotion d’un « racisme anti-Blanc » avec le programme La Relève ?
Je ne suis malheureusement pas très étonnée. L’extrême droite est devenue une spécialiste de la manipulation et de la production de fake news. Elle nous a habitués à déformer régulièrement des propos, à tordre la réalité et à ne pas prendre en compte la véracité des faits.
On l’a encore vu récemment avec la polémique autour du tableau de Miriam Cahn au palais de Tokyo [Fuck Abstraction !, ndlr] où une députée RN tenait absolument à faire croire que la peintre avait réalisé une œuvre pédopornographique, alors que toute l’exposition dont ce tableau était issu n’avait pour objet que de dénoncer les crimes de guerre et les violences faites notamment aux femmes et aux enfants.
- Et que répondez-vous à cette accusation sur le fond ?
Il est incroyable que le RN et Reconquête ! – deux partis qui tiennent en permanence des discours d’exclusion, ramènent constamment tout à la religion et aux origines, et qui prétendent imposer des prénoms à nos enfants – se revendiquent maintenant à l’avant-garde de la lutte contre la haine et les discriminations.
C’est une imposture dont personne n’est dupe. En réalité, la diversité a toujours fait peur à l’extrême droite. L’ADN de ces partis n’a pas changé. Il est toujours composé de censure et de menaces contre la liberté de création. Comme celles qui ont amené le chanteur Bilal Hassani à devoir annuler un concert.
Or cette diversité, moi, je la défends. Elle est une richesse pour notre société et notre vie culturelle. Une chance pour l’avenir de la culture en France. Elle est au fondement de La Relève qui, comme je l’ai expliqué clairement au cours de ma conférence de presse et comme l’attestent tous les documents qui présentent cette initiative, est un programme destiné à promouvoir toutes les diversités, et en particulier la diversité sociale et géographique.
D’où le choix, par exemple, de prendre un jeune par département. L’extrême droite la ramène au seul discriminant de la couleur de peau pour instruire un procès en « racisme anti-Blanc ». C’est une manipulation pure et simple de mes propos.
- Comment réagissez-vous à l’annonce de Marion Maréchal de saisir le Défenseur des droits contre le ministère de la Culture ?
C’est déjà bien qu’elle ait connaissance de l’existence d’un Défenseur des droits… Pour le reste, c’est juste un nouveau coup de communication qui n’abusera personne.
Olivier Milot.Telerama. Source