L’échec était annoncé, il n’en est pas moins éclatant
Le dialogue entre le gouvernement et l’intersyndicale, le premier noué depuis le début du conflit des retraites, il y a trois mois, s’est achevé mercredi 05/04/2023, après une petite heure d’échanges, sur un constat de complet désaccord.
Un projet « porté, expliqué et assumé »
« C’est bien pour parler de la réforme des retraites que la CFDT a accepté votre invitation », a d’emblée lancé son secrétaire général Laurent Berger à Élisabeth Borne, avant de lui réclamer de « suspendre ou retirer » la réforme. Pas question, amis, parlons d’autre chose, a répété en substance la Première ministre, provoquant la fin brutale de la réunion (lire ci-après).
Le blocage apparaît total. « À la crise sociale s’ajoute une crise démocratique », en conclut Cyril Chabanier (CFTC) au nom de l’intersyndicale.
L’expression fait choc jusqu’à Pékin où le président de la République, entre deux visites, demande à son entourage de réagir : « On ne peut pas parler de crise démocratique quand le projet (de réforme) a été porté, expliqué et assumé », déclare cet entourage.
L’Élysée reprend l’argumentaire sur l’absence d’alternative et la légitimité électorale : « Si les gens voulaient la retraite à 60 ans, c’est pas Emmanuel Macron qu’il fallait élire président de la République. »
Partez-moi d’autre chose…
Que peut-il se passer maintenant ?
Dans dix jours, le 14 avril 2023, le Conseil constitutionnel se prononcera sur la validité du projet. Et si le feu est vert ? Nous continuerons à demander le retrait, répond l’intersyndicale, sans préciser la méthode.
Élisabeth Borne veut pour sa partvite passer à autre chose. Elle enjambe cette non-rencontre en affirmant que « les organisations syndicales sont disponibles pour travailler ultérieurement » sur d’autres. sujets, ainsi la nouvelle loi travail. Elle insiste : « Je n’envisage pas d’avancer sans les partenaires Sociaux. »
Le problème est que l’intersyndicale lui oppose un démenti par la voix de Cyril Chabanier : « Nous refusons de tourner la page et d’ouvrir, comme le propose le gouvernement, d’autres séquences de concertation. »
L’unité tient
Le ton est d’autant plus ferme que l’unité syndicale, dont le gouvernement espérait l’affaiblissement progressif, semble plus ferme que jamais. « L’intersyndicale sera unie jusqu’au bout », lance même la nouvelle secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, balayant les doutes provoqués sur ce point par le congrès houleux de son organisation.
Plus question en revanche pour la CFDT, au nom de cette unité, de réitérer la proposition d’une « médiation » ou d’une « pause » : seul le « retrait pur et simple » est désormais envisagé.
Le prochain rendez-vous est fixé dès ce jeudi, pour la onzième journée de mobilisation. La crainte augmente, au fil des manifestations, d’un durcissement de la contestation pouvant déboucher sur davantage de violences. « La radicalisation, balaie Sophie Binet, c’est celle du gouvernement »
°°°°°°°°°°°°°°°°°
Histoire d’une non-rencontre.
Il est précisément 10 heures, mercredi, quand les leaders des huit organisations de salariés et leurs adjoints se présentent à la porte de l’Hôtel de Matignon. Ils posent rapidement pour les photographes, Sophie Binet (CGT) se distinguant par un poing levé, avant d’entrer dans la salle du Conseil.
Face à eux, la Première ministre Élisabeth Borne et ses ministres du Travail et de la Fonction publique, Olivier Dussopt et Stanislas Guerini. « Visages fermés, on les sent fébriles », raconte Benoît Teste (FSU).
Élisabeth Borne introduit rapidement la réunion, sans évoquer les retraites, puis passe la parole à Laurent Berger (CFDT). Après une brève intervention, celui-ci conclut : « Pouvez-vous répondre à cette question : êtes-vous prête à retirer cette réforme ? »
Chacun des leaders prend ensuite la parole.
- Sophie Binet lui lance : « Être Premier ministre, ce n’est pas être un fusible ».
- Les dirigeants de Solidaires pointent « les violences policières ».
- Laurent Escure (Unsa) alerte sur la « crise démocratique »…
- Et tous ponctuent leur déclaration par la même question sur le retrait de la réforme.
- Élisabeth Borne reprend alors la parole et amorce un discours sur la pénibilité, le plein-emploi…
- Très vite, Laurent Berger l’interrompt : « Excusez-moi, allez-vous répondre à notre question ? »
- La Première ministre confirme qu’elle ne retire pas le projet.
Tous alors se lèvent, la non-rencontre est close. Il est un peu plus de 11 heures. Il revient à Cyril Chabanier (CFTC) de lire dans la cour de Matignon la déclaration de l’intersyndicale, dont la règle est de donner de la visibilité à chacun : les têtes de cortège, les lieux de réunion tournent entre tous, sans distinction d’audience.
Un mot résume son intervention : « Échec ».
Article signé des initiales F. B. Le Dauphiné Libéré. 06/04/2023